Objectif : extraction possible, reconnaissance, sécurisation
Zone : La Carrière – secteur ancien dépôt ferroviaire
Conditions : lumière faible, ciel plombé, odeur âcre de rouille et de poussière sèche
Participants : seul
Entrée dans le dépôt après avoir contourné la zone nord-est. Sol craquelé, débris épars, plancher instable sous les bottes. L’air est lourd, saturé de la puanteur métallique des tôles corrodées. Bruits sourds, pas traînants, peut-être des rôdeurs enfouis sous les gravats. Ou pire : vivants.
Repéré des traces fraîches de pas humains. Chaussures usées, direction incertaine. L’odeur âcre de chair brûlée mêlée à celle des huiles usagées. Signe d’un combat récent. Piège à bascule posé à l’entrée nord — branchette cassée. Mauvais signe. L’alerte est donnée.
Progression lente. Chaque pas calé sur le souffle, chaque regard balayant l’ombre. Fil de fer tranchant tendu à hauteur de ventre, heureusement repéré à temps. Déclencheur à pierre suspendue prêt à tomber. Tout est prêt, mais je doute : le silence est trop lourd.
Un cri étouffé, faible. Venait du sous-sol, entre les poutres effondrées. Une voix humaine, étranglée, presque brisée. Je m’arrête, le cœur s’accélère malgré moi. Impossible de savoir si c’est un survivant piégé ou un rôdeur aux restes d’humanité.
La tension palpable s’intensifie, chaque pas résonnant comme un avertissement. L’angoisse s’immisce, faisant écho aux murmures qui s’élèvent du sous-sol. Ces sons, à la fois désespérés et implorants, évoquent des souvenirs d’errances passées, comme ce moment où un sifflement à travers les grilles de ventilation rouillée avait signalé une menace invisible. L’incertitude m’enveloppe, et la nécessité d’agir se heurte à la peur d’une menace imminente.
Alors que je m’approche, les détails se précisent : le léger tremblement d’une voix, la profondeur de la détresse. La lumière vacillante révèle des ombres inquiétantes, transformant la banalité du lieu en un théâtre de l’angoisse. Chaque instinct m’incite à avancer, à découvrir la source de cette humanité perdue, mais la prudence s’impose. La frontière entre sauvetage et piège est mince, et le danger pourrait se dissimuler là où l’on s’y attend le moins. Un choix crucial se présente, et le cœur palpite à l’idée de ce qui pourrait survenir. Que faire alors, entre l’appel du devoir et la menace d’un monde devenu hostile ?
Je m’approche, contourne lentement. La lumière filtre à peine, la poussière danse dans les rayons. J’entends des sanglots, des murmures. L’instinct veut que je sauve ce qui peut l’être, mais la raison hurle : piège possible, embuscade.
« Emily… Lucas… pourquoi vous ai-je laissés là ?
Les cris se mêlaient à ceux des Ombres. J’étais figé, impotent. La peur m’a trahi ce jour-là. Je ne laisserai pas cette fois se répéter. »
Je fouille rapidement, dégage des planches, ramasse un petit bracelet de plastique déformé, souvenir d’enfance. Le souffle court, j’appuie une main contre une poutre pour ne pas tomber. La douleur au bras gauche, vieille blessure, se ravive.
Pas de trace claire de la personne qui a crié. Peut-être déjà partie, ou pire. L’atmosphère devient oppressante. J’entends des pas précipités, plus légers que ceux des rôdeurs.
Je me replie, pose un piège à mâchoires artisanales à la sortie, puis un sifflet à distance, prêt à détourner les Ombres. Tout est prêt, mais je n’ai rien extrait, rien sécurisé. Juste ce silence lourd et ce bracelet déformé.
La mission est un demi-échec. La peur d’avoir laissé quelqu’un derrière ronge. Mes sens sont en alerte, mais la fatigue gagne. Une ombre bouge dans un coin, me fixe. Pas humaine. Pas encore rôdeur. Juste un survivant ou un piège ?
Je prends le pendentif contre ma poitrine, murmure leurs noms. Le bruit des décombres qui s’effondrent quelque part me rappelle que rien n’est jamais vraiment sûr ici.
Le doute m’engloutit. Je repars, seul, avec le poids de ce silence.
Fin ouverte.