Objectif : repérage et extraction rapide d’une source d’eau potable signalée par Ethan.
Zone : Île aux Os, bordure sud-est, falaise abrupte.
Conditions : fin d’après-midi, ciel chargé, vent froid. Terrain instable, sol glissant. Brouillard naissant.
Participants : moi et Ethan.
Descente prévue sur la paroi sud. L’accès à l’eau est critique. Les réserves s’épuisent. Ethan insiste, il a flairé une piste, une ancienne canalisation encore intacte. Je reste méfiant. Peu de place pour l’erreur.
On s’équipe léger. Pièges posés en haut, simples déclencheurs en fil de fer tranchant et piège à mâchoires. Si quelqu’un nous suit, on ralentira la poursuite. Mais personne ne nous a encore talonnés ici.
Le vent mord la peau, la falaise craque sous nos pieds. Le sol meuble grince. Pas de retour possible sans danger. Je sens la tension d’Ethan, nerveux, toujours prêt à foncer. Je le freine. Trop risqué.
On avance lentement, chaque pas vérifié. J’observe les traces. Des empreintes fraîches, humaines, mais pas hostiles. Peut-être des survivants, peut-être une embuscade. Je note une odeur âcre, mélange d’huile et de rouille.
À mi-descente, le grondement commence. L’instant d’après, la falaise lâche. Un fracas sourd, la terre et la pierre se dérobent sous nos pieds. J’attrape Ethan à la volée.
“Emily… Lucas…”
Je vois leurs visages, figés dans la peur. Le temps se fige. Ce poids dans la poitrine, cette douleur sourde. Je serre le pendentif, la seule ancre qui me reste.
On glisse sur dix mètres, roulés dans un nuage de poussière. La chute aurait pu être fatale. Mon bras gauche encaisse une déchirure. Ethan grogne, mais se relève plus vite que moi.
On se planque sous un surplomb. J’examine la blessure, douloureuse, mais pas ouverte. Par chance, pas de fracture. Le silence nous enveloppe. L’eau ? Disparue. Le piège ? Écrasé.
Ethan veut remonter. Je refuse. Trop dangereux. On doit contourner, longer la rive. Le brouillard s’épaissit, la visibilité tombe à quelques mètres. Je tends les oreilles. Aucun son de rôdeur, ni de voix humaines.
Je ne sais pas ce qui est pire : la chute ou la peur qu’elle déclenche. Mon esprit vacille. J’entends encore les cris, les ordres, les pas lourds des Ombres.
“Il fallait que je les protège. J’ai failli tout perdre.”
Le temps file. La nuit va tomber. La mission est un échec. On regagne la crête par un chemin plus long, plus sûr. Pièges récupérés, quelques flèches cassées, le lance-pierres silencieux intact.
Je note dans mon carnet : vigilance accrue. Le terrain change, la nature reprend ses droits avec violence. Chaque pas peut être le dernier. Ethan reste sur ses gardes, mais j’ai vu son regard trahir l’inquiétude.
On rentre sans eau, sans certitude. Le poids de la chute reste au fond de mes poumons. Je sais qu’on reviendra. Mais la Carrière me semble un piège mortel.
Le silence s’étire.