Le vent porte encore l’odeur de cendres et de rouille. Sous mes bottes, le sol craque, chargé de débris et de souvenirs écrasés. Chaque pas dans cette carcasse d’usine abandonnée est une épreuve, un coup de plus dans la chair déjà meurtrie de ce monde. Je ne compte plus les jours où la nuit ronge mon sommeil, où les Ombres rôdent sans relâche.
Aujourd’hui, la mission est claire : retrouver ces survivants égarés dans La Carrière, avant que la horde ne les réduise au silence. Pas de place pour l’erreur. Chaque faux mouvement peut être le dernier. Je scrute les ombres, je tends mes pièges, je pousse mon corps au bord du gouffre.
C’est plus qu’une chasse. C’est un héritage, fragile lien entre ce qui fut et ce qui reste à sauver. Échouer, c’est perdre un peu plus de ce qu’il reste d’humanité. Alors je serre les dents, j’avance. Parce que malgré la fatigue, la peur, la rancune, je suis encore là. Et je compte bien le rester.
Le vent traîne une odeur âcre de cendres mêlées à la rouille, piquant les narines à chaque inspiration. Sous mes bottes, le sol craque et grince, saturé de débris rouillés et de fragments de béton fissuré. L’air est lourd d’humidité et de poussière, mêlant le goût amer du passé à celui, plus âpre encore, de la survie.
Je me tiens dans La Carrière, ce vaste labyrinthe d’usines mortes et de rails déformés, où la nature reprend ses droits avec une lenteur obstinée. Les murs effondrés laissent filtrer des éclats de lumière blafarde, tandis que les ombres s’étirent, mouvantes et incertaines. Au loin, le bruissement intermittent des feuilles et le craquement lointain de branches brisées trahissent la présence invisible des Ombres.
La mission est simple, mais lourde : retrouver ces survivants perdus dans ce dédale métallique avant que la horde ne les engloutisse. Chaque pas est un calcul risqué, chaque souffle un défi. Je tends mes pièges, j’analyse le moindre indice, j’écoute le silence entre les bruits. La nuit approche, et avec elle, le poids du danger s’alourdit.
Il n’y a pas de place pour l’erreur ici, pas de seconde chance. Ce que je cherche, c’est plus qu’une vie à sauver : c’est un fragment d’humanité qu’il faut arracher à l’obscurité. Alors je serre les dents, je sens la fatigue m’écraser, mais je continue. Parce que je suis là, et je refuse de disparaître.

Le plan est clair dans ma tête, comme gravé dans la pierre usée de La Carrière. On doit fouiller les ruines près des anciens entrepôts à l’est, là où les survivants ont été signalés pour la dernière fois. Pas de précipitation. J’ai passé la matinée à tendre des pièges autour des accès principaux : trous camouflés, fil de fer tranchant, un déclencheur à bascule prêt à lâcher des pierres. Chaque détail compte.
Le matériel est réduit au minimum : mon lance-pierres modifié, le couteau multifonction accroché à la ceinture, quelques fléchettes empoisonnées. Clara porte son sac avec les bandages et les herbes, Ethan trimbale son sac à dos léger, toujours prêt à disparaître dans l’ombre. Mira, fidèle à elle-même, ne se sépare jamais de ses poignards courbes et de son manteau en cuir noir, silhouette menaçante dans la lumière déclinante.
Je les observe pendant que nous faisons le tour des repérages. Ethan fouille les décombres, cherchant des traces fraîches, tandis que Mira reste en retrait, ses yeux perçants scannant le moindre mouvement. Clara murmure des prières silencieuses, ses mains tremblent à peine, mais je sais qu’elle porte la peur de perdre encore.
L’atmosphère est lourde, tendue. Les non-dits flottent entre nous comme la poussière dans l’air. Mira et moi, on se jauge, méfiants mais conscients que cette mission peut resserrer notre alliance fragile. Ethan, avec son sourire en coin, essaie de détendre l’air, mais je sens la nervosité sous sa façade. Clara essaie de calmer les esprits, mais même elle ne peut pas ignorer le poids de l’absence de Lucas et Emily dans ce groupe.
Avant de partir, je relis une dernière fois les notes griffonnées dans mon carnet, le pendentif-photo serré dans ma main. Un doute me serre la poitrine : est-ce qu’on est prêts à affronter ce qui nous attend ? La nuit viendra vite. Les Ombres aussi.
Je serre les dents, j’inspire profondément. Pas de place pour la faiblesse, pas de place pour l’erreur. On part.
Je m’avance en tête, l’œil rivé sur le sol, cherchant les signes que seuls ceux qui connaissent La Carrière peuvent lire. Chaque craquement de branche, chaque souffle de vent me parle. J’active discrètement le sifflet à distance que j’ai placé près du passage principal, espérant attirer les rôdeurs loin de notre trajectoire. Le silence répond, pesant, presque oppressant.
Ethan fouille les ruines à ma droite, ses mains expertes dégageant des indices : empreintes fraîches, traces de pneus, un éclat de verre noirci par le feu. Je hoche la tête, signe que la piste est bonne. Mira reste en retrait, toujours prête à bondir. Clara ferme la marche, les sens aux aguets, son sac serré contre elle comme une armure fragile.
Soudain, un craquement sourd retentit. Mon cœur rate un battement. Un piège mal dissimulé, un trou camouflé que j’avais négligé en posant les derniers pièges. Ethan grogne en tombant à genoux, son foulard rouge se déchire sur une branche acérée. Je cours vers lui, enfonçant mon couteau multifonction dans le bois pour dégager la prise. Rien de cassé, mais la douleur est là, la tension aussi.
“Faut faire gaffe, j’en ai raté un,” je marmonne, le ton sec. Mira m’envoie un regard noir, mais j’y lis aussi de la compréhension. Chaque erreur peut coûter cher ici.
On reprend la progression, plus prudents. Mais la Carrière ne lâche rien. Une volée de pierres s’abat sur nous, déclenchée par un fil de fer tranchant tendu à hauteur d’épaule. Je serre les dents, évitant de justesse une blessure. Ethan riposte avec une fléchette empoisonnée, silencieuse et rapide. Une silhouette s’effondre, un Corbeau qui semblait nous tendre une embuscade.
La tension monte d’un cran. Les Corbeaux sont là, tapis dans l’ombre. Je décide de changer de route, passant par un vieux tunnel d’évacuation que je connais bien. L’air y est vicié, chargé d’humidité et de moisissure. On avance en file indienne, le bruit des gouttes d’eau résonnant comme un tambour sourd.
Clara chuchote des encouragements, ses mains tremblantes serrant son pendentif. Je sens son regard sur moi, cherchant une force qu’elle n’a pas encore. Je serre le pendentif-photo contre ma poitrine, un rappel brutal de ce que j’ai perdu, mais aussi de ce pourquoi je continue.
À la sortie du tunnel, une explosion silencieuse retentit. Une bombe artisanale oubliée, ou pire, un piège des Corbeaux. La poussière et les débris nous aveuglent un instant. Mira bondit, tranchant une corde qui menaçait de lâcher un filet suspendu sur Clara. Je lance des pierres pour créer une diversion, pendant qu’Ethan disparaît dans l’ombre pour flanquer l’ennemi.
On se regroupe dans une clairière à moitié envahie par les ronces. Je prends une minute pour réévaluer la situation. On est blessés, fatigués, mais encore debout. Les Corbeaux n’ont pas réussi à nous briser. Le message crypté dans mon carnet me brûle les doigts, une promesse de refuge, mais aussi une possible trahison.
Je fais un signe discret à Mira. On avance ensemble, la tension palpable entre nous, mais une confiance nouvelle commence à s’installer. Chaque pas est un combat, chaque décision une question de vie ou de mort.
La nuit tombe enfin sur La Carrière, enveloppant la zone d’un voile d’ombre et de silence. Je sens les Ombres approcher, mais je suis prêt. Cette mission, cette nuit, c’est notre dernière chance. Pas pour oublier, mais pour survivre.
Le résultat est un succès partiel. On a évité le pire, on est encore debout malgré les pièges ratés et l’embuscade des Corbeaux. Ethan s’en sort avec une blessure superficielle, mais ça aurait pu être bien pire. On a récolté des indices précieux sur la présence et les tactiques des Corbeaux dans la zone, ce qui nous donne un avantage tactique. Le message crypté dans mon carnet reste un mystère, un espoir lointain, mais aussi un poids lourd sur mes épaules.
Après l’action, les doutes s’accumulent. J’ai sous-estimé la complexité du terrain, et la Carrière continue de me rappeler qu’elle n’est jamais à prendre à la légère. Le piège oublié, c’est ma faute, un rappel brutal que ma mémoire et ma vigilance peuvent flancher. La tension avec Mira, bien que fragile, semble évoluer vers une alliance nécessaire, mais la méfiance reste là, sourde et prête à éclater. Je me demande si le message que je garde secret est vraiment la clé de la survie ou une bombe à retardement pour nous tous.
Au fond de moi, une menace demeure en suspens : les Ombres ne sont pas seulement des morts-vivants. Quelqu’un tire les ficelles dans l’ombre, orchestrant ces pièges et embuscades. Les Corbeaux ne sont qu’un symptôme. Et si mon secret, ce message crypté, attirait plus que des alliés ? La nuit épaissit, et avec elle, l’ombre d’un danger plus grand que tout ce qu’on a affronté jusqu’ici.