Elle était là! magnifique, mais…

Je reprends ma respiration, le souffle court, les muscles tendus comme des câbles d’acier sous la pluie. La Carrière s’étend devant moi, un terrain de chasse mortel où chaque pas peut être le dernier. Je serre le lance-pierres, prêt à agir, les yeux rivés sur l’ombre qui bouge au loin.

Elle est là. Immobile, presque irréelle dans ce chaos. Une silhouette claire, presque fragile, posée comme un mirage au milieu des ruines et des ronces. Magnifique, mais trop exposée. Trop vulnérable.

Cette mission n’est pas une simple traque. C’est une question de survie. Un pari risqué contre le temps, contre les rôdeurs qui rôdent comme des ombres affamées, et surtout contre les hommes qui n’ont plus rien à perdre.

Je ne peux pas me permettre d’erreur. Chaque détail compte. Chaque respiration doit rester silencieuse. La moindre fatigue peut me condamner.

Alors je prends position, je contrôle la zone, et j’attends. Parce qu’ici, dans la Carrière, la beauté est souvent le piège le plus mortel.

Je suis posté à la lisière de la Carrière, cette vaste étendue de béton fissuré et de métal rouillé que la nature a lentement repris. Autour de moi, l’air est lourd d’une odeur mêlée de terre humide et de rouille, avec ce relent âcre de vieux feu de bois qui persiste dans l’air humide. Le silence est pesant, seulement troublé par le craquement lointain d’une branche sous le pas d’un rôdeur ou le bruissement discret des feuilles agitées par un vent froid.

Le ciel est bas, couvert d’un épais manteau gris qui étouffe la lumière, rendant chaque ombre plus dense, chaque contour moins net. La pluie fine tombe sans répit, martelant doucement les surfaces métalliques, amplifiant cette sensation de froid humide qui s’infiltre jusqu’aux os. La visibilité est réduite, les formes se perdent dans la brume, et le sol boueux glisse sous mes bottes, chaque pas demande attention et maîtrise.

Cette mission est claire : trouver cette silhouette, fragile et isolée, avant que les ombres ne l’engloutissent. Contrôler la zone, tendre mes pièges, guetter le moindre mouvement. Ici, dans La Carrière, le moindre faux pas peut réveiller les morts ou attirer des hommes aux intentions mortelles. Je sens le poids du lance-pierres contre ma paume, froid et rassurant, prêt à parler quand le silence deviendra trop lourd.

Je retiens ma respiration, tendu comme un arc, prêt à frapper. Les ruines autour de moi semblent suspendues dans un souffle, comme si le temps lui-même retenait son souffle. C’est ici, dans cette lumière blafarde et cette atmosphère chargée de menace, que je dois faire la différence.

Elle était là! magnifique, mais...

Je gratte une dernière fois la carte usée, les contours de la Carrière se découpent sous mes doigts, chaque ruine, chaque trou d’eau, chaque passage secret mémorisé comme une cicatrice. Le plan est simple, mais exigeant : repérer la silhouette signalée, tendre des pièges autour des points d’entrée possibles, et contrôler les voies de fuite. Je glisse dans mon sac des clous, des fils de fer, quelques branches sèches imbibées d’huile et mes déclencheurs à bascule bricolés. Le lance-pierres “Tactique” est chargé de petites pierres polies, prêts à faire taire toute menace discrètement.

Mira est là, silencieuse comme une ombre, ses poignards cachés sous son manteau en cuir noir. Je vois bien la tension dans sa mâchoire serrée, le poids de son passé qui la rend aussi tranchante qu’elle l’est au combat. Elle ne me fait pas confiance, pas entièrement, et je le ressens dans ses regards furtifs, mêlés de défi et de respect. Ethan, lui, rit à moitié sous son foulard rouge, jouant avec un couteau, charmeur cynique qui cache ses failles derrière une façade d’assurance. Clara s’occupe calmement du matériel médical, ses gestes précis malgré la pluie, sa présence douce tempère un peu l’atmosphère lourde. Je sais qu’elle essaie de calmer les éclats entre Mira et moi, mais ça reste fragile.

Je sens dans l’air cette alliance de nécessité plutôt que d’amitié. Chacun porte ses propres fantômes, ses propres démons. Moi le premier. Le doute me serre la gorge : est-ce que cette mission va nous unir, ou creuser un peu plus le fossé ? Est-ce que je peux encore protéger ces gens sans les perdre ?

Je vérifie une dernière fois mes pièges, mes outils, puis je regarde une photo usée que je garde serrée dans ma poche — Emily et Lucas, leurs visages souriants qui me hantent. Je murmure leurs noms, un souffle à peine audible, avant de m’enfoncer dans la brume. La Carrière nous attend, prête à nous avaler ou à nous révéler. Il est temps de bouger.

Je me glisse dans l’ombre des ruines, chaque pas mesuré, chaque bruit contrôlé. La pluie fine martèle le sol, étouffant nos déplacements. Je tends d’abord un filet suspendu au-dessus d’un passage étroit, camouflé entre deux poutres branlantes. Un déclencheur à bascule enroulé sur une branche morte doit libérer une pluie de pierres si quelqu’un s’aventure là. Plus loin, je tends un fil de fer tranchant, à hauteur de ventre, invisible dans la pénombre. Mira vérifie silencieusement mes installations, ses yeux perçants traquant le moindre défaut.

Ethan part en éclaireur, son foulard rouge flottant comme un étendard dans la nuit. Il progresse avec l’agilité d’un renard, cherchant à débusquer toute présence hostile avant qu’elle ne nous surprenne. Je reste en retrait, prêt à intervenir, mon lance-pierres chargé. Clara observe tout, ses mains prêtes à soigner, son regard inquiet.

La première complication ne tarde pas. Un bruit sourd, métallique, retentit à l’ouest — un piège à mâchoires artisanal que j’avais posé la veille, oublié dans la précipitation. Quelqu’un gémit, puis plus rien. Je tends l’oreille. Les Corbeaux ? Sans doute. Leur impatience est aussi dangereuse que leur cruauté. Je signale à Mira de se préparer, elle serre ses poignards, prête à frapper.

Un éclat lumineux traverse la brume : une torche, tenue par une silhouette masquée. Ethan revient à pas feutrés, chuchotant que c’est un groupe d’inconnus, pas les Corbeaux. L’incertitude nous fige un instant. Je prends la décision de ne pas engager le combat, préférant l’observer pour comprendre leurs intentions.

Mais la nature a ses propres pièges. Un sol instable cède sous le poids de Mira, qui s’enfonce jusqu’à la cuisse dans un trou camouflé. Un grognement rauque suit : une horde d’Ombres attirée par le bruit approche. Je tire une fléchette empoisonnée avec le lance-pierres, touchant un rôdeur qui chancelle, mais le temps presse.

Clara s’active, aidant Mira à sortir, pendant que je déclenche un piège à feu. Les flammes dansent, éclairant la nuit, ralentissant la progression des Ombres. Nous reculons en silence, repositionnant nos défenses, repérant les passages bloqués.

La silhouette inconnue s’approche alors, levée de mains en signe de paix. Une voix rauque, fatiguée. Un survivant isolé, perdu comme nous. Je sens l’instinct militaire me pousser à la méfiance, mais aussi la compassion. Après un bref échange, il nous avertit de l’approche imminente des Corbeaux, qui ont repéré notre présence.

Le temps est compté. Je décide de renforcer les pièges sur la voie principale, tout en préparant un sifflet à distance pour attirer les rôdeurs vers un couloir étroit, espérant un carnage silencieux contre les maraudeurs. Mira bougonne, mais acquiesce. Ethan s’éclipse pour saboter les motos des Corbeaux, un coup de maître risqué.

L’attaque survient plus tôt que prévu. Des cris déchirent la nuit, mêlés aux grognements des Ombres. Le combat est brutal, mes pièges se referment sur plusieurs maraudeurs, les ralentissant. Je tire, frappe, guide mes alliés dans la mêlée. Mira bondit, tranchant avec précision, Ethan surgit en embuscade, et Clara soigne à l’arrière.

Quand le calme revient, il reste peu de traces de la bataille — quelques silhouettes gisent, d’autres ont fui. Mais la menace est là, palpable. Je sens le poids de la nuit sur mes épaules, l’écho des voix de ma femme et de mon fils qui me rappellent pourquoi je continue.

Je griffonne rapidement dans mon carnet, les détails de la mission, les pièges posés, les erreurs à corriger. Demain, La Carrière reprendra vie, implacable. Mais pour l’instant, nous avons tenu, ensemble, un peu plus forts face à l’ombre.

Le résultat est un succès partiel. Nous avons tenu la nuit, repoussé les Corbeaux et ralenti la horde d’Ombres grâce aux pièges, mais le prix reste élevé. Mira s’est presque fait engloutir, et Ethan a pris des risques inutiles pour saboter les motos. Clara a fait des miracles, mais je vois bien que cette tension la ronge. Les inconnus croisés restent une inconnue, une variable instable.

Après l’action, je ressens ce poids familier, ce mélange de soulagement et de doute. La Carrière est toujours une cage, un piège mortel où chaque faux pas peut être le dernier. J’ai appris à ne plus faire confiance sans preuve, pourtant ce survivant isolé pourrait être une clé ou un poison. Je me demande si mes pièges suffiront à contenir les Corbeaux lors de leur prochaine offensive, plus organisée et peut-être plus violente.

La nuit me vole peu à peu le sommeil, les images de Mira presque engloutie dans ce trou camouflé tournent en boucle. Ai-je vraiment tout vu, tout anticipé ? Et surtout, le pire reste à venir : une ombre se glisse dans la pénombre, bien plus proche qu’on ne le croit. Quelqu’un ou quelque chose nous observe, patient, prêt à frapper au moment où nous serons les plus faibles.

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