La pluie crache sur le métal rouillé. La Carrière puante s’étire sous un ciel gris sale. J’avance sans un mot. Derrière moi, Mira suit. Silencieuse. La lumière des nuages lourds glisse sur son manteau noir, éclaire sa cicatrice fine. Son regard croise le mien un instant — juste un instant — et je sens une charge dans ce silence.
On pose le piège sur le vieux quai, entre deux containers éventrés. Filet suspendu, déclencheur à bascule. Tout est prêt pour attraper les Corbeaux si jamais ils passent par là. Je tends le fil de fer tranchant, la main tremble un peu. Elle me tend une pierre. Sans un mot, elle cale la branche qui fera tomber la charge. Ses doigts, froids et précis.
Le vent mord notre cou. Odeur d’huile rance, de rouille, de sel. Les rôdeurs grognent au loin, leur souffle rauque porté par la brise. Elle s’accroupit, regarde mes mains. Son regard reste là, plus long. Pas question de parler, mais je sens qu’elle voit quelque chose que je cache. Ou que je ne peux plus dire.
Les heures traînent, lentes. On marche entre les carcasses d’usines, évitant les planchers pourris. Le sol craque sous mes bottes. Mira me devance, s’arrête brusquement. Je m’arrête aussi. Une embuscade ? Non. Juste un rat mort, écrasé. L’odeur acide me remonte au nez. Elle me lance un regard dur. Je baisse les yeux.
Je revois Emily, son sourire éclatant dans le soleil d’été. Lucas qui court, libre. Leur voix s’éteint dans la poussière. Pourquoi suis-je encore là, à creuser des pièges pour des morts ?
Le soir tombe. On s’adosse contre un mur branlant. La pluie s’est arrêtée, mais la nuit est humide, pleine de bruits étouffés. Elle sort un paquet de biscuits secs. Me tend un morceau. Je refuse d’abord, puis je prends, parce que je sais qu’elle insiste pour qu’on survive.
Un murmure, rare, s’échappe de ses lèvres :
— Fais attention demain. Les Corbeaux ne dorment jamais.
Les avertissements résonnent dans l’esprit, comme une mélodie obsédante. Les Corbeaux, symboles de mystère et de vigilance, rappellent que la nuit peut cacher bien des vérités. Ce sentiment d’inquiétude s’intensifie, surtout lorsque l’on réalise que certaines vérités ne se dévoilent qu’après coup. Dans le récit de J’ai compris trop tard, cette notion est mise en lumière, montrant comment les révélations tardives peuvent changer la perception d’une situation. La vigilance devient alors une nécessité pour éviter de se retrouver dans des situations similaires.
Face à ces réflexions, il n’est pas surprenant que l’on cherche des réponses. Le flou des souvenirs peut parfois brouiller la compréhension des événements passés. Dans Elle ne se souvenait plus, la mémoire joue un rôle crucial, rappelant que chaque détail compte. Hoche la tête, on essaie d’accepter l’inéluctable, mais il est essentiel de rester alerte. Qui sait quel secret peut se cacher derrière chaque ombre ?
Ça change tout. Pas besoin d’en dire plus. Je hoche la tête.
Dans le noir, je sens son souffle près de moi. Pas tout à fait une menace. Pas encore une promesse.
Un instant fragile. Une goutte d’eau dans ce désert de fer et de sang.
Je me demande si elle sait que je porte son poids autant que le mien. Que ce regard, aujourd’hui, c’est plus qu’un simple échange. C’est un appel sourd à ne plus fuir. Mais j’ai trop peur.
Je garde le pendentif dans ma main. Le froid du métal me rappelle ce qui est perdu. Ce qui ne reviendra jamais.
Elle me regarde encore. Cette fois, pas comme avant.
Je n’ai pas le droit de faiblir. Pas devant elle.
Le silence se fait lourd, mais on reste là, ensemble. Deux survivants. Deux éclats d’humanité dans un monde qui n’en veut plus.