Objectif : extraction et repérage
Zone : La Carrière, secteur nord
Conditions : lumière faible, fin de journée, vent léger
Participants : moi, Ethan
On devait récupérer un paquet caché dans un entrepôt délabré, à l’extrémité nord de la Carrière. Ethan m’a donné rendez-vous sur la corniche surplombant la zone. Je ne lui fais pas confiance, jamais. Mais pas le choix — il connaît cette partie mieux que moi.
Je progresse à couvert, dos contre les murs suintants de rouille et de moisissure. Le vent porte une odeur âcre de métal brûlé et de bois pourri. Pas de trace récente d’humains, juste des rôdeurs lents en contrebas, attirés par un bruit sourd plus loin.
Mes pièges à fil de fer sont en place, tendus à hauteur de taille derrière les décombres, prêts à trancher. Je me méfie. Mais le silence est trop lourd, comme un piège lui-même.
J’entends un souffle léger derrière moi. Ethan. Pas de salutations. Juste un regard qui cherche à sonder le mien. L’ambiance est électrique, fragile. Il bouge avec une agilité surnaturelle, presque trop sûr de lui.
On descend vers l’entrepôt. L’entrée est bloquée par une vieille grille tordue, mais j’ai prévu un déclencheur à bascule. Je l’actionne. Une pluie de pierres tombe sur le côté, attirant un groupe de rôdeurs. Bonne diversion.
On s’engouffre dans la pénombre. Mes yeux s’habituent à la faible lumière. Ethan fouille, moi je garde l’arrière, le lance-pierres prêt. Le paquet est là, caché sous une palette vermoulue.
Je l’empoigne. Au même moment, un bruit de pas se rapproche. Pas un rôdeur. Des vivants. Je sens Ethan se tendre, prêt à fuir ou à se battre.
Un cri étouffé. La voix d’Emily, ou quelque chose qui lui ressemble. Je me fige, souffle court. Le souvenir me frappe — leurs corps déchirés, la peur, mon impuissance.
“Lucas, cours ! Ne te retourne pas !”
Le souffle de la réalité me ramène. Des silhouettes apparaissent dans l’entrée. Des Corbeaux. Équipés, armés, ils sentent le sang et la violence.
Ethan murmure : « Faut filer, maintenant. » Je n’ai pas envie de le croire, pas après tout ce temps. Mais il a raison. Mes pièges n’ont pas suffit.
On remonte la corniche en silence, le paquet serré contre moi. Le vent siffle, emportant les bruits derrière nous. La peur me colle à la peau.
Ethan me lance un sourire en coin, mauvais. Ce type est un paradoxe ambulant. Utile, dangereux, insaisissable. Je serre les dents.
Le paquet peut valoir une vie ou en coûter une autre. Je ne sais pas encore.
Le ciel s’assombrit. Une nuit de plus. Le poids du passé m’écrase.
Le danger reste tapi, invisible, prêt à m’engloutir.
Le silence est lourd. Trop lourd.
Je marche. Je vis. Je guette.
Rien n’est jamais fini.