Le vent porte une odeur de métal rouillé et d’eau stagnante. L’humidité colle à la peau, les bottes glissent sur des planches pourries. L’écho de mes pas se perd dans le silence épais du port désaffecté. Je progresse lentement, chaque mouvement calculé, chaque bruit analysé.
Le bateau est là. À moitié coulé, bancal, comme un cadavre oublié. Sur la coque, un nom. Gravé à la hâte, presque effacé par le temps. Le mien. Dalrik. Le cauchemar se tord dans mon ventre. Comment ? Pourquoi ici ?
Je fouille les environs. Rien d’autre. Pas de trace récente d’humains. Pas de Corbeaux. Pas d’ombres mouvantes. Juste le silence et ce putain de brouillard qui serre la gorge.
Pièges posés en approche, rien d’exceptionnel : un fil de fer tranchant camouflé, un trou recouvert de branchages, un déclencheur à bascule prêt à lâcher quelques pierres. J’aurais voulu plus, mais l’état du terrain limite les options. L’improvisation prime.
« Emily… Lucas… pourquoi vous ai-je laissés ? »
Leurs visages se superposent devant mes yeux, déformés, affamés.
Je serre le pendentif contre ma poitrine. Le poids du passé me tire vers le bas.
Je prends une profonde inspiration. L’esprit se recentre. Le corps suit.
Je monte à bord, chaque planche menace de céder sous mon poids. L’odeur est plus forte, mélange de sel, de moisissure et de sang séché. Un carnet est là, mouillé, couvert de boue. Je le ramasse, le feuillette. Pages tachées, griffonnées. Des notes, des coordonnées, des noms. Un message crypté ? Peut-être.
Mes doigts tremblent. J’entends un bruit derrière moi : branches craquant. Je me fige. Rien. Le brouillard joue avec les ombres, crée des formes. Le piège à mâchoires que j’ai posé plus tôt aurait dû capturer quelque chose, mais il est intact.
Je sens une présence. Non humaine. Une horde ? Des Ombres ? Je n’ai pas le temps de vérifier.
Je décide d’exfiltrer, carnet en main. Le terrain est encore plus traître au retour. Mes bottes glissent, je tombe lourdement. Une douleur sourde remonte du bras gauche, là où la cicatrice me rappelle que rien n’est jamais fini.
Alors que je m’efforce de me relever, le poids de mes pensées m’alourdit davantage. L’écho de mes doutes résonne dans ma tête, comme une mélodie lugubre. Dans un moment de lucidité, je me rappelle de cette balise retrouvée dans un conteneur échoué sur la côte brisée. Ce mystère, imbriqué dans un monde en décomposition, semble presque symbolique de ma propre lutte pour échapper à un passé qui ne veut pas me lâcher. Chaque pas sur ce terrain traître ressemble à un rappel de ce que j’ai tenté de fuir.
Cette voix intérieure, qui s’élève avec une intensité troublante, me pousse à affronter mes démons. Elle murmure des vérités que je préfère ignorer, me confrontant à l’inéluctable. Peut-être que, comme cette balise, je suis destiné à signaler quelque chose de bien plus grand que ma simple existence. La lutte pour la survie et la quête de réponses s’entremêlent, tandis que l’obscurité se resserre autour de moi. Quelles révélations m’attendent au détour de ce chemin sinueux ? L’avenir reste flou, mais chaque instant passé à fuir me rapproche de la vérité que je redoute.
« Tu ne peux pas fuir éternellement… »
Cette voix, c’est la mienne, mais différente. Plus faible, plus cassée.
Je me relève, serre les dents. Pas de place pour la faiblesse.
En retrait, j’installe une bombe artisanale silencieuse, retardée, pour couvrir ma fuite. Le tic-tac dans ma poche est un rappel brutal : chaque seconde compte.
Je quitte la zone, cœur lourd, esprit en alerte. L’image du nom sur la coque me hante. C’est un piège ? Un message ? Une putain de preuve que je ne peux pas effacer ?
Je sais une chose : je dois comprendre. Mais pas ici. Pas maintenant.
Le brouillard m’engloutit, et avec lui, mes doutes.
Résultat : Extraction du carnet et repérage du bateau.
Pièges posés, mais sans contact. Aucune rencontre directe.
Sentiment d’une menace imminente, d’une trace laissée pour moi.
Fatigue mentale accrue. Nécessité de déchiffrer le message.
Le silence me pèse. Le nom gravé n’est pas qu’un hasard. Quelqu’un m’a cherché. Ou m’a attendu.