Le poids de la trahison

Le vent s’engouffre dans les carcasses rouillées des vieilles usines. La Carrière respire encore, mais elle suinte la mort à chaque fissure. Je longe les rails tordus, les pieds lourds sur le gravier. L’odeur de métal mouillé mêlée à celle de la terre en décomposition me colle à la peau. L’humidité pénètre jusqu’à mes os.

Pas un bruit, à peine un souffle. Juste des ombres qui glissent entre les piliers branlants. Je tends l’oreille. Un craquement, léger, trop tard. Le piège à mâchoires a claqué, mais sur quoi ? Une patte de corbeau ? Peut-être.

Je déterre le ressort tordu, la mâchoire en travers. Putain, une erreur de calcul. Trop impatient. Les pièges doivent être parfaits ici, sinon c’est toi qui trinques.

Je continue, plus prudent. Le sol est truffé de trous camouflés, de fils de fer tranchants. Chaque pas est une menace. Je trace sur mon carnet un croquis rapide, griffonné, sale.

Je sens la présence. Pas de rôdeurs, non. Quelque chose de plus sournois. Une trace. Des empreintes fraîches, humaines. Je les suis, cœur serré. Elles me mènent jusqu’à une carcasse calcinée, encore fumante.

Un message ? Une mise en garde ? Ou juste un piège ? L’odeur âcre de chair brûlée me remonte aux nausées.

Je repense à ce jour. Ce putain de jour. Quand j’ai failli trahir les miens.

La voix de Marcus hurlait dans ma tête.

« Fais-le, Dale. Ou tu crèves ici. »

J’ai fermé les yeux. Le choix était clair. Puis je l’ai trahi. Pas par lâcheté, mais par peur.

Je serre le pendentif contre ma poitrine. Leur visage me brûle la mémoire. Emily et Lucas. Deux étoiles mortes dans un ciel noir.

La nuit tombe, lourde et opaque. La Carrière s’obscurcit, avalant les sons, les formes.

Un murmure. Un souffle derrière moi.

Je me retourne brusquement. Rien.

Mais le doute est là. Toujours.

Je range mon carnet, prêt à fuir. Parce que parfois, le pire piège est celui que tu poses à toi-même.

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