Les ombres sont apparues à la lisière des champs muets

Objectif : repérage et piégeage.

Zone : Champs Muets, lisière nord.

Conditions : brume épaisse, humidité glaçante, lumière faible d’un matin sans soleil.

Participants : seul.

Je descends la pente boueuse, chaque pas glissant sur la terre détrempée. Les Champs Muets sont silencieux, mais la mort y rôde, invisible. Traces fraîches dans la boue — pas d’animaux. Humain. Ou pire. L’odeur âcre de chair en décomposition flotte, sourde. L’air est lourd, le souffle coupé. Je tends l’oreille. Rien, sauf ce bruissement lointain, irrégulier.

Les ombres sont là. Je le sens. À la lisière, silhouettes mouvantes entre les hautes herbes mortes. Ils avancent, silencieux, immobiles parfois. Les rôdeurs. Les Ombres.

Je pose un piège à mâchoires, bricolé avec du métal rouillé pris à la Carrière. Branches camouflées, fil de fer tendu au ras du sol. Ils tomberont dedans, ou du moins ralentis. Ça suffira à gagner du temps. J’installe un sifflet à distance, relié à un fil de nylon. Je pourrais les attirer dans un piège plus gros, mais la brume brouille la portée.

Je recule, glisse entre les troncs morts, dos contre l’écorce rugueuse. Le silence est presque insoutenable. J’entends soudain un craquement sec, à trente mètres. Je me fige. Rien ne bouge. Puis un râle sourd. Un râle qui ne devrait pas exister.

« Emily… Lucas… pourquoi vous ai-je laissé partir seuls ?

Leurs cris, leurs mains tendues, dévorés sous mes yeux. Je ferme la paupière, le cœur serré. Encore cette nuit, je les vois. Leurs yeux vides, leur chair putride…»

Je serre le lance-pierres, vérifie la fléchette empoisonnée. Le vent tourne, la brume s’épaissit. Je presse le pas, contourne un vieux moulin en ruines, évite un trou camouflé mal recouvert. Mon pied manque de s’y prendre. Merde.

Les traces se multiplient. Pas seulement des rôdeurs. Des pas humains aussi. Des bottes, lourdes, récentes. La peur me serre la gorge. Les Corbeaux ? Grim est peut-être dans le coin. Je ne peux pas me permettre d’être découvert.

J’entends un souffle, plus proche, derrière un amas de broussailles. Je me retourne brusquement, prêt à tirer. Rien. Juste un renard, un vrai, qui disparaît dans la brume. Un frisson me parcourt. La nature est aussi trahison.

Je me redresse et avance vers le point de convergence des traces. J’installe un piège à feu, récupère de l’huile dans une vieille bouteille, l’étale sur des branches sèches. Allumé au bon moment, ça pourrait bloquer une fuite.

Mon bras gauche me lance, souvenir d’une morsure mal soignée. Je serre les dents, toujours sur mes gardes. Pas question de faiblir.

Le vent se lève. Un cri lointain, humain, déchiré. Je tends l’oreille, mais le brouillard avale tout.

Je recule, vérifie les pièges. Rien déclenché. Pas encore.

Je note mentalement : zone trop exposée. La brume masque les mouvements, mais gêne aussi ma visibilité. Je dois revenir avec Mira. Son regard, même froid, repère mieux que le mien.

Mais je suis seul. Pas de trace de ses bottes dans la boue.

Je rassemble mes affaires, prêt à quitter la zone. Un dernier regard vers les Champs Muets. Les ombres s’éloignent, mais elles reviendront. Comme toujours.

Le cœur bat trop vite. Le poids du passé serre ma poitrine.

Je me dis que demain, je tenterai une diversion. Peut-être. Si je tiens jusque-là.

Le silence reprend. La brume avale tout. Je marche dans le doute.

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