Objectif : repérage et récupération de matériel.
Zone : La Carrière, secteur ferroviaire abandonné.
Conditions : lumière faible, ciel couvert, odeur de rouille et de bois pourri.
Participants : moi seul, mais vigilance maximale.
J’avance lentement le long des rails déformés. Le vieux train rouillé gît là, immobile, figé dans le temps. Coque de métal craquelé, fenêtres éventrées, sièges rongés par l’humidité. L’odeur âcre de fer et de bois mort me colle aux narines. Pas de vent. Silence lourd.
Chaque pas soulève un crissement sourd. Le sol est jonché de débris, de bouts de métal tordus, de planches vermoulues. Je scrute le sol, cherche traces ou pièges. Pas de signes récents, mais la zone est connue pour ses embuscades. Je ne peux pas me permettre une erreur.
Je m’avance vers la porte du wagon. Là, un filet suspendu, presque invisible, croisé avec un fil de fer tranchant à hauteur de ventre. La tension dans mes muscles se relâche à peine. J’imagine l’instant où une jambe aurait pu se bloquer, la chair coupée, la chute. Putain.
Je marque la position discrètement. Je désamorce avec précaution, en gardant la main près du couteau. Chaque geste est lent, calculé. Pas de place pour l’improvisation.
Des bruits sourds, des cliquetis métalliques m’alertent. Je me fige. Rien. Juste le vieux train qui gémit sous son poids de rouille. Le cœur bat un peu plus fort.
Dans un wagon adjacent, j’entends un grattement. Rôdeurs ? Non. Un rat. Souffle court. Je me rappelle Emily, Lucas. Leur voix étouffée dans ce silence, avant que tout ne bascule.
Le bruit du grattement se transforme en écho, une menace sourde qui résonne dans l’obscurité. Je scrute les ombres, chaque mouvement amplifiant ma peur. Dans cette atmosphère oppressante, je repense à ces histoires que j’ai lues, comme celle du sifflement à travers les grilles de ventilation rouillée, où l’angoisse s’intensifiait à chaque instant. Les souvenirs se mêlent à la réalité, et le frisson de l’incertitude me grippe le cœur.
“Lucas, cours ! Ne regarde pas derrière toi !” Le cri, la déchirure. Leur chair qui cède. Et moi, figé, impuissant. Je me souviens aussi d’une autre histoire, celle où quelqu’un avait gravé une phrase sur la paroi d’un silo, un avertissement silencieux laissé pour ceux qui oseraient s’aventurer trop près. Dans ce monde devenu hostile, chaque détail compte, et chaque décision peut mener à la survie ou à la perte. La tension est palpable, et le temps semble se dilater, me laissant dans l’angoisse de l’instant. Que va-t-il se passer ensuite ?
“Lucas, cours ! Ne regarde pas derrière toi !”
Le cri, la déchirure. Leur chair qui cède. Et moi, figé, impuissant.
Je secoue la tête, chasse ces images. Ici, maintenant.
Je fouille rapidement. Quelques boîtes de conserve, des bouteilles d’eau, un sac à dos éventré. Pas de munitions. Pas d’armes. Rien qui justifie le risque.
Je décide de revenir sur mes pas. La lumière baisse, le ciel menace de gronder. Le terrain devient instable, les planches craquent sous mes bottes. Je pose un piège à mâchoires artisanales près d’un passage probable pour les Corbeaux. Si quelqu’un traîne, ce sera un coup d’arrêt.
Je m’arrête un instant, observe la forêt qui encercle la Carrière. Un chant d’oiseau lointain. Rare. Fragile. Un souffle de vie qui me serre la gorge.
Je range mon lance-pierres. Le silence revient, mais le doute persiste. Quelque chose rôde, invisible. Le piège presque déclenché, la peur à un souffle. Je suis toujours là. Mais pour combien de temps ?
La nuit tombe. Je me poste dans l’ombre d’un wagon, prêt à bouger. Le vieux train grince encore, comme un avertissement.
Rien n’est gagné. Rien n’est sûr.
Le piège est évité, mais la menace reste.
Je note ça. Pour ne pas oublier. Pour ne pas céder.