Quelqu’un avait gravé une phrase sur la paroi d’un silo

Objectif : repérage et récupération d’un petit stock de vivres

Zone : La Carrière, secteur des silos désaffectés

Conditions : nuit tombante, ciel couvert, humidité lourde

Participants : seul

Je rentre dans le silo, l’air est froid, chargé d’humidité. Le béton suinte. Pas de bruit, à part le goutte-à-goutte régulier. Mes bottes écrasent des débris, des éclats de verre, des traces anciennes — pas fraîches. Rien ne bouge. J’avance lentement, épaule contre la paroi.

Le faisceau de ma lampe éclaire une inscription gravée dans la rouille : “Ils ne dorment jamais, même dans le silence.”

Je m’arrête. Phrase courte, lourde. Quelqu’un a pris le temps de laisser ça. Peut-être un avertissement. Ou un appel à ne pas oublier.

Je sais qui ne dort jamais. Les Ombres. Les rôdeurs. Toujours là, tapis. Toujours prêts à surgir.

Je continue, repère les marques sur le sol : traces de pneus, pas de course récente, juste un passage lent, lourd. Une odeur de poudre fine flotte, souvenir d’armes tirées ici. Pièges ? Possible. J’installe un fil de fer tranchant à hauteur de ventre, camouflé sous des branchages dans l’entrée. Un déclencheur à bascule aussi, au cas où. Si quelqu’un ou quelque chose entre, je veux la surprise.

Je fouille un coin, découvre un sac en toile crasseuse. À l’intérieur, quelques conserves, un vieux briquet, une gourde à moitié pleine. Rien d’extraordinaire, mais ça peut tenir une journée de plus.

Une sensation me serre la poitrine. Pas la peur, non. La culpabilité. Ce pendentif au fond de ma poche. Emily. Lucas. Les noms que je murmure dans le silence, pour ne pas sombrer.

“Lucas… je t’ai laissé tomber. Je ne peux pas refaire ça.”

J’entends un bruit léger, un grattement métallique. Je me fige, souffle coupé. Rien. Juste un rat. Ou une Ombre. La nuit s’épaissit, le silence devient lourd.

Je remonte, évite les trous camouflés que j’ai repérés à l’aller, j’ai failli tomber dedans. La Carrière garde ses secrets.

Je croise une inscription plus bas, plus ancienne, presque effacée : “Si tu lis ça, tu es déjà perdu.”

Je serre les dents. Chaque message, chaque trace me rappelle que je ne suis pas seul. Jamais seul.

Je quitte le silo, les pièges en place, le sac en main. La nuit m’engloutit. Un instant, j’ai envie d’appeler Mira. Juste un regard, une parole. Mais je me retiens. Trop de rancunes, trop de méfiance.

Je marche vers ma cache, le poids du silence dans les oreilles. Le doute m’accompagne : qui est passé avant moi ? Qui reviendra après ?

Je note ça dans mon carnet. Une phrase, gravée dans le béton. Une menace ou un avertissement.

Je ne sais plus.

Le vent souffle. Les Ombres avancent.

Je souffle leur nom dans la nuit.

Silence. Toujours silence.

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