Une odeur de brûlé dans les champs morts. rien de visible.

Objectif : repérage et piégeage. Localiser un possible campement des Corbeaux signalé par des traces récentes.

Zone : Champs Muets, bordure sud, terrain marécageux.

Conditions : brouillard épais au lever, sol détrempé, humidité pesante.

Participants : seul.

J’avance à pas feutrés. Le vent est faible, porteur d’odeurs confuses. L’air est lourd, saturé d’humidité et… d’une odeur âcre, de brûlé. Pas de fumée visible. Pas de feu. Rien que cette trace olfactive qui gratte la gorge. Ça m’alerte.

Les champs morts sont silencieux, figés sous un ciel gris plomb. Les herbes hautes gorgées d’eau plient sous mes bottes. Le terrain est traître. Je creuse des trous camouflés à l’avance, entre deux fouilles, espérant surprendre les Corbeaux s’ils reviennent. Rien ne bouge.

Je relève des traces fraîches. Pas humaines, plutôt des bottes lourdes, sans doute Grim et sa bande. Elles s’arrêtent abruptement près d’un amas de broussailles noircies. Le feu a dû être là. Peut-être une embuscade ratée. Ou une diversion.

Je déploie un filet suspendu entre deux troncs, tendu à hauteur de poitrine. Le piège est prêt, silencieux. Je recouvre les fils d’aiguilles de pin pour camoufler. Un déclencheur à bascule est calé dans la terre meuble, prêt à lancer une petite charge artisanale — un coup de semonce, rien de létal. Je n’ai pas envie de me faire repérer.

Je patrouille lentement, yeux et oreilles à l’affût. Aucun bruit, à part le craquement sporadique d’une branche morte. Les Ombres sont absentes. Pas de grognements, pas de cliquetis. Juste ce silence pesant, comme si la nature retenait son souffle.

Mon bras gauche me lance, souvenir de la dernière embuscade. La cicatrice me brûle sous la veste humide. Je serre les dents. Je ne peux pas faiblir.

L’odeur de brûlé me ramène à cette nuit. Emily hurlait, la maison en flammes. Lucas pleurait. Je n’ai rien pu faire. Rien que regarder. Le feu dévorait tout. Et moi, je restais figé.

Les souvenirs, comme des ombres, surgissent sans crier gare. Une nuit d’horreur, marquée par la lumière dévastatrice des flammes, s’impose à l’esprit. On ne peut échapper à la douleur d’un événement tragique, où l’espoir semblait s’évaporer avec la fumée. C’est dans ces instants de désespoir que l’on comprend la fragilité de la vie. Des récits comme Les ombres sont apparues à la lisière des champs muets évoquent également cette lutte contre des souvenirs lancinants, où chaque souffle devient une bataille.

Il est crucial de rester ancré dans le présent, de ne pas se laisser submerger par les vagues de la mémoire. La nécessité de chasser ces images sombres s’impose. La vie continue, et chaque moment mérite d’être vécu pleinement. Ne pas sombrer devient alors une priorité, un défi à relever. Après tout, le chemin vers la guérison commence par l’acceptation du passé, mais ne doit jamais s’y perdre.

Je chasse le souvenir. Pas le moment de sombrer.

Je teste le lance-pierres. La pierre file en silence, percute un amas de feuilles. Rien ne bouge. Le piège n’a pas encore servi. Trop calme.

Je recule, chaque pas soulève des effluves d’herbe cramée. Rien au sol, pas de fumée. Juste cette odeur. Un message laissé par Grim ? Une provocation ?

Je m’arrête. J’essaie d’entendre au loin. Un craquement léger me fait tourner la tête. Ombres ou alliés ? Impossible à dire. Ma main serre le poignard multifonction.

Je décide de ne pas rester. Le piège est posé, le terrain surveillé. S’ils reviennent, ils tomberont peut-être dedans. Je prends un chemin détourné, couvert par les buissons épais.

Une fois hors de la zone, je note. Rien de concret, mais la menace est là. Plus proche. Plus sourde. Une présence que je ne peux ni voir, ni combattre encore.

Le doute m’étreint. Cette odeur… c’est un avertissement. Un signe que le feu peut revenir. Que la flamme de la lutte n’est jamais éteinte.

Je serre mon pendentif. Emily, Lucas. Je murmure leurs noms dans le vent, comme une prière fragile.

La Carrière m’attend demain. Mais ici, dans les champs morts, le silence est un piège plus cruel que tous les autres.

Rien n’est fini. Rien n’est sûr.

Le feu dort, mais il brûle encore.

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