Vent glacé dans la gorge. La lumière sale filtre à travers les tôles tordues de l’usine. La Carrière s’étire devant nous, un labyrinthe de béton mort et de métal rouillé. Mira marche à côté, silencieuse, l’œil vif. Les bottes frappent le sol en rythme sourd. On avance sans bruit, sans hâte. Pas de mots.
Je pose le piège près de l’ancienne voie ferrée. Un trou camouflé, branchages, fil de fer tranchant tendu au ras du sol. Je travaille vite. Elle observe, mains prêtes sur ses poignards. Pas un mot. Son regard croise le mien. Ça suffit.
L’odeur âcre de la rouille et de la poussière sèche me pique les narines. Le vent emporte un cri lointain, étouffé, presque humain. Les Ombres ne sont jamais loin.
On repart, à pas feutrés. Une embuscade. Je le sens avant qu’elle ne se dessine. Poches de silence, tension qui crève la peau. Elle s’arrête, me lance un regard dur :
« Trop bruyant. »
Je serre la mâchoire, baisse le poncho. On fait demi-tour, évite la zone piégée par des maraudeurs. La peur est là, aiguisée, froide. Elle ne parle pas, mais son souffle court trahit l’alerte.
Plus tard, sur un passage étroit entre deux bâtiments effondrés, on se prend le bec. Une broutille. Une erreur de jugement. Le genre de conneries qui fait éclater la tension accumulée.
« T’es trop précipité. Ça t’aveugle. »
« Et toi, tu te caches derrière ton silence pour ne rien risquer. »
Le silence qui s’installe entre nous devient une arme à double tranchant. D’un côté, il protège des vérités trop douloureuses à admettre ; de l’autre, il enferme dans une spirale de non-dits. Ce moment suspendu évoque les souvenirs d’ »Elle ne se souvenait plus », où l’oubli s’installe lentement, rendant chaque regard plus lourd de sens. La tension palpable finit par briser cette barrière, et il est impossible de ne pas ressentir l’urgence de rompre ce mutisme.
Alors qu’elle me fixe, les yeux noirs, son souffle coupant l’air, le monde autour de nous semble s’évanouir. Puis, elle tourne les talons, disparaissant dans l’ombre, comme une ombre fugace. Ce geste résonne avec l’idée de « Rien que le bruit », où les émotions se transforment en échos lointains. La solitude s’installe, et je reste là, le cœur serré, conscient que chaque silence a son propre poids. Quelles vérités se cachent derrière ce mutisme ? L’histoire continue, et il est temps d’en explorer les profondeurs.
Elle me fixe, yeux noirs, pas un sourire, juste un souffle qui coupe. Puis elle tourne les talons, disparaît dans l’ombre. Je reste là, le cœur serré.
Je la retrouve à la tombée de la nuit, près d’un feu de fortune. On partage une gourde d’eau croupie, la main frôle la mienne. Pas un mot. Juste ça.
Le silence est lourd, mais ce soir, il parle.
Je pense à Emily. À Lucas. À ce pendentif froid contre ma peau. Et à Mira.
« Tu crois qu’on pourra un jour… faire confiance sans se déchirer ? »
Elle hausse les épaules, l’air absent. Puis murmure, presque pour elle :
« On n’a pas le choix. »
Le feu crépite, la nuit avale les sons. Deux solitaires qui partagent la même cicatrice. Sans promesses. Sans faux-semblants. Juste la survie.
Le monde autour de nous s’effrite. Mais elle reste.
Et ça, c’est peut-être assez.