Le vent mord la peau. La lumière filtre à travers le plafond partiellement effondré de l’ancienne usine. L’air est lourd, un mélange de métal rouillé et de terre humide. Mira avance devant moi, silencieuse, légère comme une ombre sur le béton craquelé. On pose un piège, un filet suspendu entre deux poutres branlantes. Je tends le fil, elle ajuste la branche déclencheuse. Pas un mot. Juste des gestes précis, comme un ballet appris.
J’entends son souffle, rapide. Le mien est calme, trop calme. On se regarde. Ses yeux sombres cherchent les miens, hésitent. Je vois la peur. Pas celle des rôdeurs. Celle de s’ouvrir, de faire confiance. Je détourne le regard.
On entend des pas. Pas des Ombres. Des humains. Des maraudeurs ? Je siffle doucement. On se glisse dans l’ombre d’un vieux container, dos à dos. Mira serre ses poignards, prête à frapper. Je serre le couteau. Le silence est un poids. Les pas s’éloignent. Elle murmure enfin, presque inaudible.
— Trop bruyants. Pas les nôtres.
Un souffle. Une minute de trop. Je sens ma main trembler. Elle la pose sur mon épaule, légère, un contact rare. Je retiens un mot, un geste. On repart, côte à côte, mais chacun dans sa bulle.
Dans La Carrière, chaque seconde compte. Chaque regard pèse.
On traverse un passage secret, un tunnel d’égouts oublié. L’odeur est acide, piquante. L’eau ruisselle sur mes bottes, glacée. Mira avance devant, pas sûr de la route. Je tends l’oreille. Bruits lointains, des Ombres, peut-être un groupe humain. La peur colle à la peau.
Elle s’arrête. Je l’entends hésiter. Elle regarde derrière elle, vers moi, puis vers la sortie. Je sens le poids de son doute. Je devrais parler, dire quelque chose. Mais quoi ? Que je sais ? Que je ressens la même peur ? Je me contente de bouger en silence, prêt à couvrir sa fuite.
On sort. La lumière du jour est sale, blafarde. Le vent s’est levé, il pousse des feuilles mortes. Mira s’éloigne d’un pas rapide. Je la suis, mais elle ralentit. Elle se tourne brusquement.
— Tu crois qu’on tiendra ? dit-elle enfin.
Sa voix est rauque, fatiguée. Une question simple, lourde d’incertitudes.
Je réponds juste :
Dans un moment de silence, les pensées s’entremêlent, révélant des émotions profondes. Ces échanges, bien que brefs, portent le poids de tant de non-dits. Comme dans l’article Elle avait les yeux vides, où le regard peut en dire long sur ce que l’on ressent vraiment. Chaque mot prononcé ou omis peut avoir un impact significatif, et c’est souvent dans ces instants de vulnérabilité que se tissent les vérités les plus poignantes.
La tension palpable d’une conversation peut rappeler celle décrite dans Pas un mot, mais tout était dit, où l’absence de dialogue révèle bien plus qu’un échange verbal. À cet instant, l’horloge tourne et l’inéluctable approche, comme le souligne l’interlocuteur. La promesse d’un retour, même si incertaine, plane dans l’air. Le suspens est à son comble, et l’on se demande ce qui attend au-delà de cette simple séparation.
Quelles vérités cachées attendent d’être révélées demain ?
— Jusqu’à demain.
Elle hoche la tête. Pas un sourire, mais un accord tacite. C’est tout ce qu’on peut se permettre.
On campe dans un coin d’usine, à l’abri du vent. J’allume un petit feu, juste pour la lumière. Elle s’assoit près de moi, le dos droit, tendue. Je sors mon carnet, griffonne quelques notes. Elle regarde les flammes, silencieuse.
Je revois Emily, son rire dans la cuisine. Lucas jouant avec un vieux jouet en bois.
Mira me rappelle ce que j’ai perdu. Et ce que je refuse de perdre encore.
Mais la peur d’aimer est plus forte. Plus tranchante que mes couteaux.
Elle se lève soudain, brisant le moment.
— Demain, on bouge vers la Plaine Rouge. Moins de béton, plus de visibilité.
— Risqué, répondis-je. Mais nécessaire.
Je sens son regard peser sur moi. Elle veut savoir si je la suivrai. Si je la protégerai.
Je ne dis rien. Je ne sais pas.
On dort dos à dos, prêt à bondir. Le vent hurle dehors. Dans mes rêves, ils sont là. Emily et Lucas, mais décharnés, les yeux vides. Je me réveille en sueur.
Je sens une main se poser sur mon bras. C’est Mira. Pas un mot. Juste une présence.
Je l’ai vue hésiter aujourd’hui. Peut-être qu’elle doute autant que moi. Peut-être qu’on est deux naufragés accrochés au même radeau, sans oser le dire.
Demain, on verra.