La poussière danse dans l’air immobile

L’air est lourd, presque figé. Pas un souffle. La poussière tournoie, danse en silence dans les rayons blafards filtrant à travers les tôles rouillées. La Carrière est une fournaise morte, un tombeau de métal qui grince sous le poids des années et des secrets.

Je marche sur les rails rouillés, chaque pas résonne sourdement, étouffé par la couche de poussière. Mes bottes écrasent des fragments de verre et de béton, des débris d’un monde qui s’est effondré. Le vent ne vient pas, ou s’est égaré. Il n’y a que ce silence, ce souffle quasi immobile, cette attente oppressante.

Je tends un piège à mâchoires entre deux poutres branlantes, caché sous un tapis de feuilles mortes. La corde est tendue, les ressorts huilés, prêts à claquer. Il faut que ça marche. Je sens la sueur couler dans mon dos, la chaleur suffocante me colle la peau. La poussière me pique les yeux, me gratte la gorge. Je m’accroupis, méticuleux, le couteau multifonction à portée, mes doigts tremblent à peine.

Je vérifie les traces autour, fines, presque effacées. Une empreinte humaine, fraîche, à peine un soupçon. Ça m’alerte. Pas de lumière, pas de paroles. Juste ce silence qui me ronge.

Le vieux bâtiment d’usine, à quelques mètres, est une carcasse béante. J’y entre par une porte défoncée. L’odeur de rouille et de moisissure me saute aux narines. Quelque chose cloche. Un cadavre pend, affaissé, un sac plastique collé à la tête, les mains liées. Pas ici hier. Pas ce signe de folie.

Je recule, le cœur serré. Toujours cette poussière, ce voile immobile. Je sors, prêt à fuir, à me camoufler.

Un bruit sourd, un craquement. Quelque chose bouge dans l’ombre, derrière les machines en ruines. Mon lance-pierres “Tactique” glisse doucement dans ma main. J’attends.

La poussière tombe en pluie fine, comme une neige sale. Une silhouette s’éloigne, silhouette humaine, rapide, furtive. Un gamin peut-être. Ou un voleur. Je suis trop fatigué pour le suivre.

Je griffonne dans mon carnet, les doigts sales, la sueur mêlée à la poussière :

Ils sont là. Toujours là. La Carrière n’est plus un refuge. C’est un piège. Et moi… je suis la proie.

Je sens le poids du pendentif contre mon torse. Emily. Lucas. Je murmure leur nom, comme un supplice.

Une nuit. La maison brûle. La petite main dans la mienne se déchire. Les ombres rampent, leurs cris déchirent la nuit. Je ne peux rien. Rien.

Je me redresse. La poussière danse encore, immobile, éternelle.

Un sifflement aigu fend l’air. Pas le mien.

Quelque chose vient.

Je ne suis pas seul.

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