L’appel lointain d’une oasis perdue

Le vent glisse entre les carcasses rouillées. La Carrière se dérobe sous mes pas, plus hostile que jamais. Les vieux rails, tordus et brisés, serpentent comme des serpents morts, noyés sous la mousse et les feuilles pourries. J’avance en longeant un mur d’usine effondrée, sentant l’odeur âcre de métal oxydé mêlée à la terre humide.

J’ai repéré un point d’eau à l’ouest, une vieille retenue d’eau oubliée, peut-être une oasis dans ce désert de béton. L’espoir est une ruse. Mais je ne peux pas m’empêcher d’y croire. Chaque pas vers ce mirage me serre la gorge.

À mi-chemin, je bifurque. Un tunnel d’égout entrouvert, fétide, toujours la même senteur de moisissure et de mort. Je rampe, les doigts trempés dans l’eau glacée. Le silence est trop lourd, presque palpable. J’entends un cliquetis. Un piège. Pas le mien. Traces d’un autre. Quelqu’un est passé ici récemment. Ou est-ce un leurre ?

Je sors, essoufflé, la peau irritée par l’humidité. Je tends l’oreille. Un bruissement. Un souffle. Rien. Juste le vent qui fait danser les feuilles mortes. J’installe un filet suspendu, solide, dissimulé parmi les branches basses. Le bois craque sous mes doigts, les nœuds serrés, le fil de fer bien tendu. Je fixe un sifflet à distance en hauteur, prêt à attirer les Ombres si besoin.

À quelques mètres, des empreintes fraîches dans la boue. Pas humaines, plus petites, légères. Un gamin ? Un piège ? Je tends le lance-pierres, prêt à tout.

Alors que l’adrénaline monte, chaque son des environs semble amplifié. Les empreintes délicates dans la boue évoquent un mystère qui ne demande qu’à être résolu. Mais qui ou quoi a laissé ces traces ? L’esprit s’emballe, et l’imagination vagabonde, rappelant les récits des explorations passées, comme dans L’éclat de l’oubli, où chaque détail compte. Dans cette nature vierge, les secrets se cachent, attendant d’être découverts. Le lance-pierres en main, la vigilance est à son comble.

Le silence environnant est d’un calme inquiétant, comme si la forêt retenait son souffle. Chaque mouvement est scruté, chaque bruit devient suspect. La tension est palpable, et un cri étouffé échappe à mes lèvres, un instinct primitif face à l’inconnu. Pourtant, aucune réponse ne vient briser l’immobilité pesante. Le temps semble suspendu, invitant à une réflexion sur ce que l’on peut réellement découvrir au cœur de cette nature sauvage. Que se cache-t-il au-delà des empreintes ? La quête de réponses commence ici.

Je pousse un cri étouffé, un réflexe. Rien ne répond. Le silence revient, pesant.

Le soleil décline, la lumière devient blafarde. Je me surprends à murmurer le prénom d’Emily, comme une prière. L’appel d’une oasis n’est qu’un mensonge de plus. Mais je marche encore, parce que fuir, c’est mourir.

Je revois leur visage.

Le cri sourd des rôdeurs.

Lucas, tombé. Emily, mordue.

Je n’ai pas bougé.

Leurs mains déchiquetées, la peur qui me paralyse.

Je suis resté là, figé.

Le piège que je croyais sûr est déclenché à mon insu. Le filet se referme dans un bruissement sec. Mon cœur s’emballe. Quelque chose vient de s’y prendre. Je m’approche, lance-pierres prêt, mais… rien. Juste un vieux sac en toile, déchiré.

Je ramasse un bout de papier, froissé, écrit à la hâte : “Ne suivez pas la rivière. Les Corbeaux guettent.”

Je plisse les yeux vers l’horizon. Un bruit sourd, un craquement de branches brisées. Quelque chose s’éloigne, rapide, furtif. Je lève le regard. Rien. Juste l’appel lointain d’une oasis que je ne trouverai peut-être jamais.

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