L’entrée du tunnel sous les champs muets s’est refermée derrière nous

L’air est lourd, chargé d’humidité et de silence. Le brouillard s’épaissit à mesure qu’on s’enfonce sous les Champs Muets, dans ce vieux tunnel oublié que j’avais repéré il y a des semaines. Objectif : sortir Clara avant que les Corbeaux ne nous tombent sur le dos. Elle a pris une balle. Mira tient la veille. Moi, je traque.

Pas de place pour l’erreur. Le sol est boueux, glissant, couvert de débris rouillés et de vieux rails tordus. On avance en file indienne, gestes calculés, pas de bruit. Chaque respiration semble un cri dans ce silence mortel. J’ai installé un piège à mâchoires en amont, sous un vieux tas de planches, pour ralentir toute poursuite. Je doute qu’il tienne longtemps. Le métal est rouillé, la tension fragile.

Les traces au sol sont fraîches : pas d’humains, mais une odeur âcre de poudre et de chair en décomposition flotte dans l’air. Les Ombres rôdent, j’en suis sûr. Mira serre ses poignards, silencieuse comme une ombre elle-même. Son regard croise le mien, un éclair de méfiance. Pas de mots. Pas besoin.

“Emily… Lucas…”

Je revois leurs visages, juste avant le chaos, juste avant que tout bascule.

Le tunnel, c’est un piège. Je le sais. Mais je dois avancer.

Je porte Clara sur l’épaule gauche. Son souffle est faible, irrégulier. Le pendentif-photo contre ma poitrine vibre d’une douleur sourde que j’ignore. Mon cœur, lui, bat trop fort, trop vite. Je sens la cicatrice sous ma peau comme un rappel cruel.

On atteint enfin la sortie du tunnel. La lumière blafarde du jour filtre à peine à travers les herbes hautes des Champs Muets. J’entends un bruissement, un craquement. Une branche ? Non. Un sifflement. Mira se fige, puis lance un regard noir vers moi. J’ai laissé le sifflet à distance, un leurre pour attirer les rôdeurs loin de nous. Il fonctionne, mais à quel prix ?

Le piège à mâchoires grince. Une plainte métallique. Quelque chose s’est pris dedans. Pas un rôdeur. Un humain. Un Corbeau ? Je ne peux pas me retourner. Pas maintenant.

Le tunnel derrière nous se referme, ou plutôt, le brouillard l’engloutit. Je sens le piège déclencher une cascade de pierres instables. Le sol tremble sous nos pieds. L’air se charge de poussière et d’odeurs de terre mouillée.

Je serre les dents. La mission est accomplie, mais la victoire est amère. Clara est sauve, mais pour combien de temps ?

Une ombre bouge au loin, dans les herbes. Je tends l’oreille, le souffle court, le corps prêt.

Le silence est une menace.

Le carnet reste fermé un instant. Le poids des souvenirs et du présent se mêlent.

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