Le phare clignote. Une lumière vacillante dans l’obscurité. Quelqu’un l’a rallumé. Ça n’a pas de sens. Depuis des mois, il est mort, silencieux. Pourtant, là, au bord du vide, il pulse, intermittent, comme un signal.
Je suis parti du camp à l’aube. Le vent mord la peau, la brume voile tout à moins de dix mètres. Le terrain est traître. Les falaises s’effritent, le sol craque sous mes bottes. Le bruit sourd des vagues contre les rochers. Rien d’autre. Pas de voix, pas de feu, juste ce phare.
Je longe la côte en me calant contre le relief. Mes sens en alerte. Aucun signal radio, aucun bruit mécanique. Juste ce clignotement régulier. J’avance lentement, en posant des pièges au cas où. Filets suspendus entre deux rochers, fil de fer camouflé à hauteur de cou. Je ne peux pas ignorer la possibilité d’une embuscade.
L’odeur de sel et d’algues se mêle à une senteur métallique, comme du sang ancien. Je trouve des traces fraîches, des pas humains, des empreintes de bottes. Trop petites pour Marcus, trop grandes pour un gamin. Quelqu’un est passé ici récemment.
J’approche du phare. Les ruines sont envahies par la végétation, les murs écroulés, les escaliers branlants. Je grimpe avec précaution. Le cœur bat fort, pas à cause de l’effort, mais de l’instinct. Une vibration sourde dans la poitrine. Le pendentif contre ma peau.
Alors que je m’approche du phare, l’atmosphère devient de plus en plus pesante. L’air salin se mêle à une odeur de moisi, renforçant une sensation d’inquiétude. Au loin, des corbeaux patrouillent sur la jetée de la côte brisée, leurs cris résonnent comme un mauvais présage. Chaque pas me rapproche des souvenirs enfouis, des voix qui semblent s’élever de la mer. Je ne peux m’empêcher de penser à cette balise retrouvée dans un conteneur échoué, un indice du passé qui semble vouloir me rattraper. Les ruines, bien que silencieuses, portent les échos de ceux qui ont foulé ce sol avant moi.
Je m’arrête un instant, les yeux rivés sur les murs écroulés, imaginant les histoires qu’ils pourraient raconter. Des fragments de vie, des rires, des larmes, tout cela résonne dans ma mémoire. Un frisson parcourt mon corps alors que le nom d’Emily et de Lucas me parvient à l’esprit, comme un murmure du vent. La douleur s’intensifie, me rappelant que certains souvenirs ne peuvent être échappés. Je serre la mâchoire, chassant ces pensées sombres qui menacent de m’engloutir.
Il est temps d’affronter la réalité. Quelles vérités se cachent derrière ces ruines? Une enquête m’attend, et chaque pas me rapproche de réponses. Que vont révéler ces lieux oubliés?
“Emily… Lucas…”
Leurs visages hurlent dans le silence. La douleur revient, brutale, sans crier gare. Je serre la mâchoire, chasse le souvenir.
En haut, le mécanisme est bricolé. Une vieille lampe à pétrole, alimentée par un réservoir de fortune. Quelqu’un a pris le temps de rallumer ce signal. Pourquoi ? Pour attirer les rôdeurs ? Pour guider des ennemis ? Ou juste un espoir fou, un appel à l’aide ? Je ne sais pas.
Je dépose un piège à mâchoires près de l’entrée. S’il y a un retour, ils tomberont dedans. Je note la position dans mon carnet, griffonne un dessin rapide. La nuit est trop dangereuse pour rester.
Sur le chemin du retour, un cri étouffé perce la brume. Humain ou Ombre ? Je me fige. Rien ne répond. Le silence reprend ses droits, lourd, pesant. Je presse le pas, le souffle court. La peur me serre la gorge, mais je ne dois pas flancher.
De retour au camp, je ne parle à personne. Mira aurait dit que c’est une embuscade. Ethan aurait voulu jouer avec le feu. Moi, je n’ai que mon instinct. Et ce doute qui me ronge : qui veut nous voir morts en rallumant ce phare ?
J’éteins la lampe, écris ces lignes. Le silence de la Carrière me semble soudain moins oppressant. Mais le phare, lui, continue de clignoter dans ma tête. Une menace. Une promesse.
Rien n’est jamais fini ici.
Je reste à l’écoute.
Le vent porte des secrets.
Le phare clignote encore.