On a trouvé une radio qui fonctionnait encore… au nord de la carrière

Le vent râpe la peau. La lumière tombe vite. J’avance à pas feutrés, le poncho serré, les bottes enfoncées dans la boue. Chaque craquement me vrille les nerfs. J’ai repéré la vieille tour radio sur la carte, un vestige oublié, mais qui pourrait encore capter. Besoin d’une liaison, d’un souffle de vie dans ce silence pourri.

Les traces au sol sont fraîches. Pas d’humains, mais des pas qui s’arrêtent net. Peut-être des rôdeurs, ou pire, les Corbeaux. J’ai posé un piège à mâchoires à l’entrée du tunnel d’accès, recouvert d’un filet de branches sèches. Furtif, silencieux. Il ne s’est pas déclenché. Je garde ça en tête. Quelque chose ne colle pas.

Sur la plateforme, la radio est là. Ancienne, mais intacte. Je débranche le panneau d’alimentation, tente de la remettre en marche. Le souffle du vent couvre les bips hésitants. Une fréquence murmure dans l’interstice statique. Une voix faible, presque un souffle.

« Emily… Lucas… pourquoi vous êtes partis si vite ? »

Je serre le pendentif sous le poncho. La voix me fait vaciller. Ne pas penser. Ne surtout pas penser. Je griffonne dans le carnet, mains tremblantes.

La radio émet des fragments de messages, incomplets, brouillés. Risque énorme si quelqu’un capte cette fréquence. Mais aussi une lueur. Un point d’ancrage.

Le silence qui suit est lourd, presque palpable. Les échos de la radio résonnent encore dans l’esprit, une mélodie macabre qui contraste avec l’agitation extérieure. Chaque bruit, chaque murmure semble se transformer en une menace imminente. Les souvenirs des cris étouffés sous les décombres de l’ancien dépôt refont surface, rappelant un passé trouble où l’angoisse était omniprésente. Les Ombres, ces silhouettes menaçantes qui rôdent, rendent l’atmosphère encore plus oppressante.

Dans cette tension palpable, l’instinct de survie prend le dessus. L’ombre d’un danger imminent, semblable à celui que l’on pourrait rencontrer dans l’attente d’Ethan sur la corniche au-dessus de la carrière nord, pousse à l’action. Chaque mouvement doit être stratégique, chaque son analysé. La tour tremble, signal d’une instabilité grandissante. Avancer est un acte de bravoure, mais reculer pourrait être la clé pour échapper à l’inconnu. Quelles autres révélations attendent au tournant ?

J’entends des voix au loin. Pas humaines. Ou alors trop rauques. Les Ombres approchent. Je débranche la radio, la glisse dans mon sac. La tour tremble sous un grondement sourd. Sol instable. Je recule lentement, sans bruit. Chaque pas est calculé.

« Tu aurais dû me protéger… »

Un flash. Le visage d’Emily, puis celui de Lucas, déformés par la faim et la mort. Je serre les dents, hurle silencieusement.

Je bifurque vers un couloir effondré. Un piège à fil tranchant tendu, oublié, me lacère l’avant-bras gauche. Le sang colle ma manche. Pas le moment. Je serre la blessure, le souffle court.

Un craquement derrière. Je me fige. Mira ? Non. Une silhouette s’efface dans la pénombre. Pas d’alliés, pas d’amis. Juste la peur qui ronge.

Je pars à reculons, le sac lourd contre moi. Le vent étouffe mes pas, la boue avale mes traces. Je sais que l’ennemi est là, tapi, patient.

Objectif atteint, mais à quel prix ? La radio est vivante, mais moi, je meurs un peu plus à chaque souffle.

Le carnet s’ouvre sur la dernière page, griffonnée à la hâte :

« La Carrière hurle. J’entends leurs voix. Pas les miennes. Pas encore. »

Le silence revient. Il est lourd. Trop lourd. Je n’ai pas le droit de faiblir. Pas encore.

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