Le souffle brûlant des plaines désertiques

La Carrière étouffe sous un ciel de plomb. Le vent soulève des nuées de poussière, griffant la peau comme un fer rouge. Je marche entre les carcasses d’acier rouillé, les poutres tordues, vestiges d’un monde mort. La végétation s’infiltre partout, des racines épaisses explosent le béton, des lianes sèches s’enroulent autour des machines cassées. L’air sent la rouille, la terre froide et l’odeur âcre de la végétation morte. Un craquement sec m’arrête net. Un piège. Pas le mien. Je tends l’oreille, rien. Juste le souffle du vent qui fait gémir les tôles.

Je trace dans la poussière des empreintes fraîches, petites, légères. Un allié ? Ou un traqueur ? Je sais que chaque pas peut être le dernier ici. Mes doigts tâtonnent la tension du fil de fer que j’ai tendu entre deux poutres brisées. J’ajuste la branche morte, prête à basculer. Le poids parfait. Quand ça claque, ce sera un bruit sourd et sec. Pas d’erreur possible. Je prends un instant, le métal froid du déclencheur contre ma paume, le goût amer de la poussière dans ma gorge.

Soudain, un grognement rauque. Une ombre se glisse, lente, décharnée, les yeux vides mais affamés. Je retiens mon souffle, mon couteau prêt. L’ombre hésite, flairant l’air vicié. Je murmure un ordre sec, presque inaudible : « Recule. » Elle grogne, avance d’un pas. Je ne cède pas. Elle tourne, disparaît dans un nuage de poussière. Trop près. Trop souvent. Ces choses-là ne pardonnent pas.

Dans ce monde dévasté, les souvenirs se mêlent à la réalité, créant un tableau flou d’angoisse et de solitude. Chaque pas effectué sur ce sol désolé rappelle les luttes passées, comme si les empreintes laissées racontaient des histoires oubliées. L’écho des vies éteintes résonne dans l’air, tandis que le murmure des déserts d’acier et de poussière plane, rappelant la fragilité de l’existence. Ce paysage hostile, où l’espoir vacille, ne laisse que des traces éphémères, à l’image des empreintes effacées sur le sable brûlant.

Alors que l’inconnue se rapproche, une tension palpable enveloppe l’atmosphère. Chaque regard échangé devient une épreuve, une danse délicate entre méfiance et désespoir. Les visages perdus hantent l’esprit, renforçant la détermination de ne pas laisser l’oubli s’installer. La quête de sens persiste, alimentée par la peur de disparaître dans l’oubli. Dans cette lutte pour la survie, un choix s’impose : se battre pour se souvenir ou plier sous le poids de l’absence. La réponse se trouve peut-être dans ces ruines, où chaque ombre cache un récit à déchiffrer.

Plus loin, une silhouette humaine se découpe entre les ruines. Une inconnue. Elle me jauge, arme en mains, méfiante autant que moi. « T’es seul ? » demande-t-elle, la voix cassée. Je hoche la tête. Silence. Pas de confiance, juste une trêve tacite. Je repense à eux, ceux que j’ai laissés derrière, à leurs visages effacés par le temps. Pourquoi je continue ? Pour ne pas disparaître, ou pour ne pas oublier ?

Je revois sa main, fragile, serrée dans la mienne. Le sourire qu’elle n’a jamais eu le temps d’achever. Le bruit des sirènes, le feu qui dévore la nuit. Et moi, figé, incapable de courir.

Je reprends la marche, chaque pas est une douleur sourde dans mes jambes fatiguées. L’odeur de fumée s’insinue, lointaine, et avec elle un écho de voix étouffées. Je me fige. Des voix humaines ? Ou un piège ? Le souffle brûlant du désert me fouette le visage. Je serre les dents. La Carrière cache ses secrets, son cœur noir bat sous les décombres. Je sens que quelque chose vient. Quelque chose que je ne peux pas encore voir.

Le vent change, un nouveau son perce l’air : le cliquetis d’un mécanisme qui se remet en marche. Je me retourne. Dans l’ombre, une silhouette se dessine, immobile, menaçante. Le silence devient un piège. Je ne sais pas encore si c’est la fin, ou juste le début d’une nouvelle lutte. Mais je le sens : ce soir, le souffle brûlant des plaines désertiques ne m’épargnera pas.

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