Objectif : repérage et extraction d’un paquet radio laissé par un éclaireur disparu.
Zone : Île aux Os, secteur marécageux, vestiges d’une ancienne zone portuaire.
Conditions : brouillard épais au lever, humidité lourde, terrain instable, lumière faible.
Participants : seul.
L’île est un piège. Sol mou, racines traîtresses. Chaque pas menace de m’engloutir. Brouillard dense. L’air est saturé d’odeurs de vase, de mort et d’huile usée. L’écho des pas est étouffé, remplacé par un silence pesant.
Je progresse lentement, canne à fouines à la main, yeux rivés au sol. Traces de pas, fraîches. Humaines. Sans doute pas seules. J’esquive un piège à fil de fer tranchant, mal camouflé, vestige d’une embuscade récente. J’aurais pu y laisser une jambe.
Le paquet est là, dissimulé sous une dalle effondrée. Pas de présence immédiate. Je déchiffre le message crypté. Une carte partielle, une promesse de refuge. Mais aussi un avertissement : “Les Ombres ne dorment pas”.
Je sens une présence derrière moi. Respiration coupée. C’est Mira, silencieuse comme une ombre, manteau noir, poignards prêts. Son regard me transperce, méfiance palpable. Pas de parole, juste un signe. Elle couvre mes arrières.
On recule doucement, piégeant le chemin. Filets suspendus, déclencheurs à bascule. Pas question de laisser un passage libre. Le terrain gronde sous nos pieds, chaque faux pas peut être fatal.
Puis, un bruit sourd. Une horde proche. Les Ombres. Ils sentent notre odeur. Je siffle à distance, diversion. Ça marche. Rôdeurs attirés par un vieux moteur grippé. On profite de l’ouverture.
Mais la victoire est amère. Mira chancelle, un coup de couteau dans l’avant-bras. Je bande, serre les dents, la douleur remonte. Pas de place pour l’erreur. Clara n’est pas là. On doit sortir seul.
“Emily… Lucas…”
Leurs visages dansent dans la brume, déformés par la peur. Je serre le pendentif. Ce poids est lourd. Trop lourd.
Je me demande si cette île ne nous a pas piégés plus qu’on ne l’a piégée. Le message est une promesse ou un piège ? La carte partielle me laisse des zones d’ombre.
On sort, à moitié portés, à moitié traînés. Le silence est lourd, chargé d’inquiétude. Mira ne parle pas. Moi non plus. La nuit va être longue.
Le piège a fonctionné, la diversion aussi. Mais le doute ronge. Qui nous observe ? Qui nous attend ?
Je note tout, sans fioritures. Pour ne pas oublier. Pour ne pas sombrer.
La Carrière m’attend, mais l’Île aux Os a laissé un goût de cendres dans la gorge.
La nuit tombe. Le silence s’étire. Le doute s’installe.