On a attendu trop longtemps au col des hauts-froids

Objectif : repérage et diversion, récupérer un sac de provisions abandonné, éviter une patrouille ennemie.

Zone : Hauts-Froids, col entre deux crêtes rocheuses, terrain escarpé et exposé.

Conditions : froid mordant, vent glacial, ciel couvert d’un brouillard épais. Lumière faible, visibilité réduite.

Participants : moi seul, Mira en soutien à distance.

J’arrive au col à l’aube. Le vent pique la peau, la brume avale les sons. Pas de traces fraîches, juste les vestiges d’un feu éteint, fumée sèche. L’odeur âcre de la chair brûlée flotte encore dans l’air. Ça pue la mort. Je pose un piège à mâchoires sous un rocher, là où le sentier se rétrécit. Si quelqu’un ou quelque chose passe, je veux qu’il le sente.

Mira m’a suivi en silence, à une centaine de mètres en contrebas. Son manteau noir se fond dans la grisaille. On échange un regard rapide. Pas un mot. Trop de tension, trop de souvenirs. Je sens son regard peser, lourd. Comme si elle voulait me dire “fais gaffe” sans prononcer le son. Elle connaît l’endroit mieux que moi. Mais c’est moi qui mène. Toujours.

Je repère une trace de pas, partiellement effacée par le vent. Fraîche, humaine. Pas de doute, une patrouille ennemie est passée par ici il y a peu. Grim ou ses Corbeaux. Faut pas traîner. Je tends un fil de fer tranchant à hauteur de ventre sur le passage. Silence. Efficace, mais dangereux. Une fausse manœuvre et c’est moi qui me blesse. Je serre les dents.

L’attente commence. J’ai mal au poignet, le froid me brûle le visage. Je pense à Emily. Lucas. Leur rire s’est éteint dans ce même vent qui me fouette maintenant.

Elle était là, souriante, dans le jardin. Lucas courait vers moi. Et puis le cri. Puis le silence. Le goût du sang dans la bouche. Je n’ai rien pu faire.

Je secoue la tête. Faut rester concentré. Mira signale du mouvement à l’est. Je me fonds dans les rochers. Les ombres avancent lentement, silhouettes lourdes, armes à la main. Je déclenche le piège à mâchoires. Un cri étouffé. Je vois un homme se tordre au sol. Les autres cherchent, paniqués. Je profite de la confusion pour récupérer le sac. Provisions, munitions, quelques médicaments. Pas assez pour tous, mais c’est un début.

La brume s’épaissit. Je perds le contact visuel avec Mira. J’appelle en silence, un sifflet à distance. Pas de réponse. Putain. Le vent emporte mes sons. J’entends des grognements, des râles sourds. Les Ombres. Ils approchent. Je me fige, cherche un appui. La roche glisse sous mes bottes. Mon cœur tambourine. J’active une bombe artisanale silencieuse, la jette dans un creux. Une explosion sourde, un nuage de poussière. Une diversion.

Je me replie vers le passage sécurisé. La brume cache tout. Une silhouette surgit, Mira. Son regard est dur, blessé. “On a attendu trop longtemps”, murmure-t-elle. J’acquiesce, sans répondre. Trop de mots tuent.

On s’éloigne, pas de blessés, mais l’échec est là. On a perdu l’avantage. On a laissé le temps aux Corbeaux de se regrouper. Je sens la peur qui ronge mes entrailles. Pas pour moi, pour ceux qu’on pourrait encore sauver.

Le froid me ronge. Le sac est lourd. Je serre le pendentif contre ma poitrine.

Le col des Hauts-Froids garde ses secrets. Nous, on a juste laissé les nôtres derrière.

À suivre.

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