Le brouillard avale la Carrière. J’avance à pas feutrés, Mira juste derrière, silencieuse, prête à bondir. Le vent porte des relents de métal rouillé et de chair pourrie. Odeur de mort. Ombres mouvantes entre les poutres. Hauts-Froids, ce vieux complexe abandonné, tient ses secrets.
Traces fraîches au sol. Pas d’animaux, pas de rôdeurs. Humains, ça sent le passage récent. Je marque les points sur le carnet — un conduit effondré, passage obligé. Piège à mâchoires posé en embuscade, recouvert de débris. Si quelqu’un y met le pied, il sera bloqué net.
Mira fait signe. J’entends un craquement derrière un mur. Rôdeurs ? Non. Voix étouffées, colère contenue. On contourne. Reste vigilant. La lumière déclinante joue des tours, j’ai raté un fil de fer tranchant sur le côté. La lame effleure ma veste — alerte.
On descend dans le conduit. Sol boueux, glissant. Une plaque de métal cède sous mon poids. Je tombe, le souffle coupé, le dos heurté contre le béton froid. Mira aide, mains fermes. Douleur sourde au bras gauche. La cicatrice se rappelle à moi.
Je vois Lucas, sa main tendue, visage figé dans la peur. Un cri étouffé, puis le silence. Je n’ai pas bougé.
Je reprends le contrôle. Le piège a sauté. Rien ne retient plus ce passage. On est exposés. On remonte, lourds, mal assurés.
Sur le chemin du retour, on croise des traces fraîches. Humaines. Pas de doute, les Corbeaux ont flairé quelque chose. Grim est proche. On se fige, dos contre un mur fissuré. Mira serre les poignards, je serre les dents. Pas le moment de parler. Un regard suffit.
Le piège n’a pas tenu. La faille est là, palpable. Je note les coordonnées. Refaire, renforcer. La Carrière ne pardonne pas.
Le froid me mord, le poids de la chute aussi. Je sens la fièvre monter. Le pendentif au cou, je le serre. Ils sont là, au bout de ce fil fragile.
Le silence s’installe. On glisse. On tombe. On se relève. Toujours.
Les ombres avancent. J’entends leur souffle.
Et moi, je me demande si je tiendrai encore demain.