Quand les corbeaux font la ruée

Le vent glisse entre les ruines, chargé de poussière et d’odeurs putrides. J’ai posé mon sac contre un mur fissuré, l’oreille tendue vers la nuit qui s’installe. La Carrière s’endort rarement sans bruit, mais ce soir, c’est autre chose. Les Corbeaux sont en marche. Faut rester froid. Faut rester silencieux. Chaque pas compte, chaque souffle peut trahir.

Mes doigts effleurent le pendentif contre ma poitrine. Emily. Lucas. Leur image me serre la gorge, mais pas de place pour le doute. Cette nuit, c’est une embuscade à mort. Pièges à mâchoires, fil de fer, déclencheurs à bascule : tout doit être parfait. S’ils passent, c’est la fin. Pas seulement pour moi, mais pour ceux que j’ai juré de protéger.

La fatigue me ronge, mais je suis là, ancré dans ce silence hostile. La Carrière est mon terrain. Je connais ses ombres, ses pièges naturels. Ce soir, elle sera leur tombe.

L’objectif est clair : tendre une embuscade aux Corbeaux. Ils sont nombreux, violents, prêts à tout pour s’emparer de nos maigres ressources. Cette nuit, leur ruée doit s’arrêter net. Je dois protéger le secteur et les rares âmes encore dignes de confiance. Pas question de laisser passer la moindre faille.

La Carrière, ce labyrinthe de béton fissuré et de métal rouillé, s’étend devant moi dans l’obscurité. Les vieux entrepôts s’élèvent comme des fantômes, leurs silhouettes déchiquetées se découpant sur le ciel étoilé. Sous mes bottes, le sol craque, couvert de gravats, de feuilles mortes et de branches cassées. L’odeur âcre de la moisissure se mêle à celle des eaux stagnantes, tandis qu’au loin, le murmure d’un ruisseau se perd dans le silence. Parfois, le souffle du vent soulève un nuage de poussière qui danse dans les faisceaux lunaires.

Le ciel est clair, mais la nuit est froide, mordante. L’air humide colle à la peau, et chaque respiration laisse un nuage de vapeur légère. La visibilité est faible, mais suffisante pour distinguer les ombres mouvantes. Les bruits sont amplifiés : un craquement de branche, un souffle rauque, le cliquetis lointain d’un piège déclenché. La nature reprend ses droits, mais cette fois, c’est moi qui la domine. Chaque recoin, chaque dédale, je le connais comme ma poche. Ce terrain est mon allié, et ce soir, il devient leur tombe.

Quand les corbeaux font la ruée

Je rassemble le matériel avec soin. Mon lance-pierres modifié, affûté et silencieux, est prêt à cracher ses projectiles lourds. Le couteau multifonction est fixé à ma ceinture, au cas où le silence céderait à la violence. Dans mon sac, des centaines de fils de fer tranchant, des déclencheurs à bascule bricolés à partir de branches cassées, et quelques bombes artisanales silencieuses, prêtes à éclater dans le silence. Le carnet en cuir repose dans la poche intérieure de ma veste, toujours à portée de main, comme un talisman fragile.

Mira arrive en silence, son manteau en cuir noir effleurant le sol. Elle ne parle pas, mais nos regards échangent ce que les mots trahiraient. Elle serre ses poignards courbes, prêts à danser dans la nuit. Sa présence est une épée à double tranchant : alliée précieuse, mais source constante de tension. Nous avons appris à nous respecter, mais la méfiance flotte entre nous comme un brouillard épais.

Ethan, le Renard, s’étire avec un sourire en coin, le foulard rouge noué autour du cou. Sa légèreté contraste avec l’atmosphère lourde, mais je sais qu’il cache autant que moi des blessures invisibles. Son talent pour l’infiltration sera vital, mais sa tendance à jouer avec le danger me crispe. Clara arrive ensuite, calme et posée, portant son pendentif en forme de croix. Sa douceur est un baume, mais aussi une faiblesse que je crains pour elle.

Avant de partir, je passe en revue mentalement le plan. L’embuscade doit être parfaite. Les Corbeaux sont nombreux, agressifs, et leur chef, Grim, n’est pas homme à reculer devant le sang. Les pièges doivent les ralentir, les blesser, les diviser. Mira prendra le flanc droit, Ethan remontera par les toits pour harceler et distraire, Clara assurera la couverture médicale et la veille. Moi, je reste en contrôle, observant, ajustant, prêt à frapper au bon moment.

Le doute me serre la poitrine. Ai-je encore la force ? Les ombres de la nuit me murmurent leurs peurs, les visages de ma femme et de mon fils hantent mes pensées. Et si cette fois, c’était la fin ? Mais je ne peux pas céder. Pas ce soir. Pas ici.

Un dernier regard à mes compagnons. Une alliance fragile, forgée par la nécessité, mais qui pourrait bien faire la différence entre la survie et la mort. La Carrière nous attend, sombre et muette. C’est le moment. Je serre les poings, je murmure leurs noms, et je plonge dans la nuit.

Je progresse lentement, chaque pas mesuré, le sol craquant à peine sous mes bottes. La Carrière s’étend devant nous, un labyrinthe de béton et d’ombres. Je tends l’oreille, déchiffre les murmures du vent, les craquements lointains qui trahissent la présence des Corbeaux. Le piège à mâchoires est posé près d’un couloir étroit, camouflé sous des feuilles mortes. Plus loin, un filet suspendu, prêt à ralentir une patrouille. Je vérifie chaque déclencheur, chaque fil de fer tendu, conscient que la moindre erreur peut nous coûter cher.

Soudain, un bruit sourd à l’est. Ethan, sur les toits, siffle doucement. C’est le signal. Il lance des pierres dans une vieille poubelle, attirant l’attention. Une ombre se déplace, un Corbeau se détourne du sentier. Mira glisse dans le flanc droit, silencieuse comme une ombre, poignards prêts à frapper. Je reste en retrait, observant les réactions, ajustant les pièges à distance.

Mais l’imprévu frappe vite. Un des déclencheurs à bascule se casse sous le poids d’un rôdeur inattendu, déclenchant une petite explosion de branches sèches et huile. Le feu crépite, attirant plus d’Ombres que prévu. Les Corbeaux se retrouvent entourés, paniqués. Clara hurle des ordres pour évacuer les blessés, sa voix calme déchirant le chaos.

Je m’avance, lance-pierres en main, frappant un maraudeur qui tente de contourner le piège à mâchoires. La lame de Mira danse, tranchant silencieusement la gorge d’un autre. Mais les Corbeaux réagissent vite. Grim apparaît, un sourire cruel fendant la nuit, brandissant un couteau rouillé. Il crie un ordre, et une pluie de flèches artisanales s’abat sur nous, forçant une retraite rapide.

Dans la confusion, un Inconnu surgit des ombres, arme improvisée en main. Je l’immobilise d’un coup sec de couteau multifonction, mais le geste attire l’attention. Ethan hurle un avertissement : un groupe supplémentaire de Corbeaux arrive par le nord. Le piège est compromis.

Je donne l’ordre de repli, couvrant la retraite avec des bombes artisanales silencieuses qui explosent dans un souffle étouffé, semant la confusion. Nous regagnons un point élevé, haletants, blessés mais vivants. Le pendentif contre ma peau, je murmure encore leurs noms, sentant le poids de la nuit et la lourde responsabilité qui pèse sur mes épaules.

La mission est loin d’être terminée. Mais ce soir, nous avons tenu. Pour l’instant.

Le piège a tenu assez longtemps pour semer la pagaille chez les Corbeaux, mais la défaillance du déclencheur a tout compromis. L’arrivée imprévue des Ombres et le renfort ennemi ont forcé une retraite précipitée. Nous avons infligé des pertes, mais nous avons aussi perdu l’avantage, et nos blessures rappellent que la moindre erreur coûte cher ici.

Je retiens que la coordination avec Ethan doit être plus précise, que chaque mécanisme doit être testé plusieurs fois avant l’action. Le feu, bien que utile pour distraire, est une arme à double tranchant dans ce terrain sec et imprévisible. Mira a été efficace, mais même sa lame ne suffit pas contre un nombre supérieur. Clara a gardé son calme, un point d’ancrage dans le chaos.

Je me demande combien de temps encore nous pourrons tenir La Carrière. Les Corbeaux semblent plus organisés et mieux informés que jamais. Et ce nouvel arrivant, qui était-il ? Un allié masqué, un traître ou simplement un autre danger parmi tant d’autres ? Ce doute me ronge plus que les blessures.

Demain, il faudra reprendre contact avec Mira et Ethan, revoir nos pièges, et surtout, comprendre qui tire les ficelles derrière cette offensive. Parce que ce combat n’est que le début — et je sens que l’ombre de Grim plane plus près que jamais.

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