Le vent fouette les ruines. La Carrière paraît morte, froide, comme un squelette rouillé. Mira avance devant moi, silencieuse, ses poignards à la ceinture. Je sens son regard dans mon dos, lourd, pesant. Pas un mot. Pas besoin.
On fouille les entrepôts vides, les poutres branlantes, les cages d’ascenseurs défoncées. Rien à manger. Rien d’utile. Juste la poussière qui pique la gorge et l’odeur acide de la rouille.
On s’arrête près d’un vieux palier. Je sors un fil de fer tranchant, je le tends entre deux poteaux branlants. Mira me lance un regard rapide, un hochement de tête. C’est tout. On prépare le piège en silence, gestes mécaniques, précis. Chaque bruit compte. Un craquement, un souffle, un pas.
Je repense à Emily, à Lucas. Leur voix dans ma tête. Leurs rires étouffés. Ça fait mal. Je serre le pendentif contre ma poitrine.
Je les ai vus tomber. Je n’ai rien pu faire. Rien.
Un bruit derrière. Mira se retourne, lame sortie. Je lève la main, calme. Ce n’est qu’un corbeau. Le vol noir fend l’air sale, un cri rauque. On reprend la route.
Le soleil baisse. L’ombre gagne. On avance vers un tunnel, l’entrée cachée sous des débris. Une faille dans la Carrière que je connais bien. Mira glisse à côté de moi, presque invisible.
On entend des voix. Étouffées, menaçantes. Les Corbeaux, sûrement. Ils cherchent du gibier. J’aligne mes cailloux dans le lance-pierres. Mira serre les poignards, prête à bondir.
— On attend, murmure-t-elle enfin. Pas d’erreur.
On se tasse dans l’ombre. Le piège est prêt. Ils passent, inconscients. Pas de cris. Pas de combat. Juste le silence lourd après leur fuite.
On s’échange un regard. Un souffle partagé. Pas besoin de mots. On sait qu’on s’est sauvés la peau. Encore une fois.
La nuit tombe. La Carrière se referme comme une gueule affamée. On campe près d’un vieux silo, entre les racines d’un arbre mort. L’air est froid, la sueur sèche sur mon front.
Mira s’assoit dos contre moi. Je tends la main, elle la saisit brusquement. Une main tendue. Une étoile dans cette nuit de cendres.
— Tu fais trop confiance, dis-je.
— Et toi pas assez, répond-elle, voix basse.
Un sourire amer. Une vérité qui brûle.
Je ferme les yeux un instant. La fatigue m’écrase. Les ombres dansent encore. Je murmure leur nom. Emily. Lucas.
Mira me serre la main. Juste un peu.
Le silence redevient épais. Mais ce soir, il est un peu moins froid.