Des traces fraîches sur la plage, sans pas qui en repartent

Objectif : repérage, traque.

Zone : Île aux Os, côté ouest.

Conditions : brume épaisse, marée montante, sol humide et glissant.

Participants : seul.

Je longe le rivage, le poncho collé à la peau par l’humidité. Le silence pèse, seulement troublé par le clapotis léger des vagues. La lumière est faible, un gris sale qui efface les contours. J’avance lentement, les yeux braqués sur le sable détrempé.

Traces. Fraîches. Pas plus d’une heure. Pieds nus, ou presque. Pas de chaussures visibles. Étrange. Pas de retour. Pas d’empreintes qui repartent vers la forêt ou les falaises. Une fuite inachevée, ou un départ par l’eau ? Je scrute la surface. Rien. L’eau calme, lisse. Pas de trace de nage, pas de ride. Un mystère.

Je tends l’oreille, capte un bruissement. Pas un rôdeur. Quelque chose de plus humain. Peut-être des survivants. Ou pire. Les Corbeaux ? Non, ils laissent toujours des signes bruyants, des déchets, des cadavres. Là, c’est trop propre. Trop silencieux.

Je pose un piège à mâchoires, caché sous un amas de coquillages et algues séchées. Simple, mais efficace. Je tends un fil de fer à hauteur de ventre, camouflé entre deux rochers, prêt à trancher. Rien ne doit passer sans payer.

Je progresse le long de la plage, le dos contre les rochers. Le sable glisse, mes bottes s’enfoncent parfois. J’évite les flaques où la boue pourrait trahir mes pas. Chaque respiration est un effort. Le froid mord les poumons. Je sens une douleur sourde dans la poitrine. Je serre les dents.

Un flash me traverse.

Un souvenir d’enfance s’impose avec force, comme un écho lointain. La douceur des journées d’été se mêle aux rires d’Emily et aux éclats de voix de Lucas. Ces moments fugaces, où le temps semble suspendu, rappellent les instants précieux que l’on partage au bord de l’eau. Les vagues qui viennent s’échouer contre le rivage évoquent les souvenirs d’un monde insouciant. Les corbeaux patrouillant sur la jetée de la côte brisée, comme des gardiens silencieux, rappellent la fragilité de ces instants. Leur présence devient le symbole de l’évasion et de l’aventure.

Dans cet univers de lumière et de joie, les mains s’entrelacent, et le soleil caresse la peau. Toutefois, un cri inattendu brise cette harmonie, provoquant une réaction instinctive : la course, la fuite, et finalement, le silence. Ce contraste entre la sérénité et le chaos dévoile la beauté éphémère de la vie, un rappel que chaque moment compte. Comment ces souvenirs façonnent-ils une existence ? La curiosité incite à explorer davantage ces thèmes au fil de l’article.

Emily, rire clair au bord de l’eau. Lucas qui ramasse des coquillages. Leur main dans la mienne. Le soleil chaud sur la peau. Puis le cri, la course, le silence.

Je secoue la tête. Pas ici. Pas maintenant. La plaie interne se referme un peu, mais la mémoire brûle.

Je poursuis. Le vent tourne, porte une odeur de chair en décomposition. Plus loin, des restes. Un cadavre éventré à moitié englouti par la vase. Rôdeur ou humain ? Trop tôt pour le dire. Je note mentalement la position, évite la zone.

Impossible de savoir si les traces appartiennent à des vivants ou des morts. Trop propre pour les rôdeurs, trop léger pour un groupe humain.

Je recule vers la zone où j’ai laissé le piège. Pas de déclencheur. Rien. Silence. Trop calme.

Je me rends compte que la marée monte vite, menace d’emporter mes traces aussi vite qu’elles sont apparues. Le piège est là, mais inutile sans cible.

Je décide de quitter la plage avant que l’eau ne devienne un piège pour moi. Je prends un dernier regard en arrière, le sable redevenu lisse comme une peau sans cicatrices.

Le doute me ronge. Qui était là ? Pourquoi ne sont-ils pas partis à pied ? Avaient-ils peur de la forêt ? Ou d’un autre danger que je ne vois pas ?

Je rentre vers La Carrière, le poids du mystère collé à mes épaules.

L’ombre de la nuit s’avance, le silence devient lourd. J’entends encore ce murmure, là-bas, où la plage s’efface. Je ne sais pas si je dois craindre ou espérer.

Rien n’est jamais simple. Rien n’est jamais fini.

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