Je m’avance lentement entre les carcasses rouillées. Pas un souffle. Pas un craquement. Rien. Pas même un corbeau pour fendre le silence. Le vent est tombé. L’air est lourd, saturé d’une odeur âcre de rouille et de poussière sèche. J’imprime mes pas dans la terre humide, mais je n’entends rien d’autre que le battement sourd de mon cœur.
Pièges vérifiés. Tous intacts. Aucun déclencheur. Je repasse les fils de fer, les mâchoires en métal. Rien n’a bougé. Pas la moindre trace. Pas de pas, pas de sang, pas d’odeur de chair fraîche. L’absence est un poids. C’est un piège pire que les miens.
Je ramasse une pierre lisse. Le silence me donne envie de la lancer, de faire un bruit, n’importe quoi. Mais je retiens. Ici, le moindre son peut trahir une présence invisible.
Je scrute le sol. Une marque à peine visible, un éclat de verre. Rien à quoi m’accrocher. Je note dans ma tête : “Zone morte. Aucun signe de vie humaine ou rôdeurs.”
Là, dans l’ombre d’une poutre effondrée, un vieux sifflet rouillé. On dirait un reste de piège abandonné, peut-être un leurre. Je le prends, pour l’examiner plus tard.
Mes muscles se tendent. Je sens ce poids au creux de ma poitrine. La cicatrice interne, celle dont je ne parle jamais. Elle me serre, me rappelle que chaque silence peut être un piège mortel.
Je respire. J’entends alors un bruit sourd, très loin. Peut-être un rôdeur. Ou un humain. Je me fige. Puis rien.
Le silence reprend, plus lourd encore.
Ils étaient là, là-bas, quand tout a basculé.
Emily, Lucas, leurs cris étouffés. Je n’ai rien pu faire.
Juste ce silence. Ce silence qui tue.
Je m’assieds, appuie la tête contre un mur branlant. Je griffonne dans mon carnet :
“Rien. Pas de trace. Pas de vie. La carrière semble morte. Trop morte. Ce silence… c’est pire que le bruit des Ombres.”
Je range le carnet. Je me relève. Je dois continuer. Il y a toujours quelque chose qui bouge dans ce monde pourri, même quand rien ne bouge.
Je tends l’oreille. Rien. Trop rien. Trop dangereux.
Je repars, pas plus sûr qu’avant.
Fin du rapport. Silence. Ombres.