Un barrage improvisé en bordure de la plaine rouge

J’arrive au bord de la plaine rouge. Le nom est juste. La terre est tachée de rouille et de sang ancien. Odeur âcre de métal oxydé. Les Ombres approchent. Je les entends, sourds grognements mêlés au souffle du vent. Il faut freiner leur avancée.

Je creuse un trou à l’angle d’un vieux mur en béton fissuré. Le sol lâche sous mes doigts, humide. Camouflage avec des branchages secs et de la terre rouge. Piège à trou camouflé. Risque de chute mortelle. En dessous, des branches pointues, ramassées dans la forêt voisine.

À côté, je tends un fil de fer tranchant, tendu à hauteur de ventre. Un déclencheur à bascule fixé à une branche cassée. Si un rôdeur passe, il active le fil. Tranchant. Silencieux.

Je prépare aussi un piège à mâchoires artisanales, fixé sur une charpente de métal rouillé, prêt à claquer sur une jambe. Ressort tendu mais instable. J’espère qu’il tiendra.

Le vent joue avec les feuilles mortes. J’entends des pas, légers, humains. Je me fige. Mira apparaît dans le brouillard, manteau noir, silencieuse. Elle ne dit rien. Son regard me transperce, méfiance. Je garde le silence.

Nous partageons la zone. Elle couvre l’arrière, poignards prêts. Je surveille l’avant. La tension est palpable. Un regard échangé — suffisant pour éviter un tir prématuré.

Les Ombres arrivent, lentes, inévitables. Le premier tombe dans le trou. Un cri étouffé. Fil tranchant fait son office sur le suivant. La mâchoire claque sur un troisième. Silence, puis grognements furieux.

Le piège à feu, que j’avais préparé avec de l’huile volée à un ancien entrepôt, rate son déclenchement. La branche cassée cède trop tôt. Je l’allume manuellement, flammes jaillissent, fumée dense. Les Ombres ralentissent, hésitent.

Le souffle court, la poitrine serrée. La cicatrice au bras gauche me brûle. Le froid mord la peau. Pourtant, je dois rester là. Les sons se mêlent : craquement de bois, râles, sifflements du vent.

Je repense à Emily, à Lucas.

Je les ai vus tomber. Impuissant. Leur cri encore dans mes oreilles. Pourquoi je suis encore là, moi ?

Le souvenir des cris résonne, une mélodie tragique qui hante les pensées. Dans l’ombre, la peur s’intensifie, et chaque mouvement devient une question de survie. Les événements récents, marqués par la rencontre avec un rôdeur solitaire, ont laissé des cicatrices indélébiles. Ce chemin sinueux, qui a mené à une mauvaise conclusion, rappelle que l’angoisse n’est jamais bien loin. Qui aurait pu imaginer qu’une simple traque se transformerait en un affrontement désespéré ?

Alors que l’air se charge de tension, Mira, figée par l’adrénaline, réalise que l’ombre qui se profile n’est pas qu’un simple adversaire. C’est un symbole de toutes les pertes, de toutes les luttes. Elle doit agir, et rapidement. Le combat s’engage, chaque geste est une danse mortelle, où le sang noir sur sa lame devient le témoin d’un affrontement inévitable. Dans cette lutte pour la survie, chaque cri, chaque coup, résonne comme un écho du passé. La nuit ne fait que commencer, et l’issue reste incertaine.

Mira pousse un cri étouffé. Une Ombre tente de passer sa garde. Elle tranche net, sang noir sur sa lame. Pas un mot échangé. Juste la danse mortelle.

Je prends appui contre un pilier, épuisé. Le piège à mâchoires a lâché. Le ressort trop vieux. Je ressens la morsure du doute. Tout ce que je construis pourrait s’effondrer d’un instant à l’autre.

Le vent tourne. Une odeur de fumée âcre envahit l’air. Trop près. Trop de rôdeurs. Trop de silence après le chaos.

Je me redresse, lance une pierre pour attirer les Ombres vers le piège à feu. Ça marche, mais je sens le cercle se refermer.

Le froid, la peur, la fatigue. Je serre le pendentif contre ma poitrine. Leur nom me brûle les lèvres. Ils sont là, quelque part, dans le vent.

La plaine rouge n’est pas prête à lâcher ses secrets. Moi non plus.

Rien de sûr. Rien de gagné. Juste un barrage de fortune face à l’inévitable. Le piège, la vie, la mort. Tout se confond.

Je reste sur mes gardes. Le silence pèse.

Quelque chose rôde. Pas seulement les Ombres.

Le vent me porte un murmure. Un avertissement, peut-être.

Je ne suis pas prêt à l’entendre.

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