La trace du passé

20 mars 2024

Je me lève à l’aube, le ciel est bas, plombé. La Carrière m’attend, vaste étendue de ferraille rongée, de béton fissuré et de végétation sauvage qui grignote tout. J’avance à pas lents, le sol craque sous mes bottes. Des plaques d’acier tordues, des restes de machines immobiles, vestiges d’un monde mort. L’air sent la rouille, la terre humide, et un relent de putréfaction, souvenir d’animaux abandonnés.

Le vent s’engouffre entre les murs effondrés, emportant des échos lointains, cris d’oiseaux ou peut-être rôdeurs. Je tends l’oreille. Rien, juste un souffle sourd, le frottement des feuilles mortes. Parfois, un craquement sec trahit une branche qui cède sous un poids invisible.

Je pose mes pièges. Un fil de fer tendu, presque invisible, attaché à une vieille barre de métal suspendue. Le fil est tendu à la limite, j’entends le tintement métallique sous la tension. Puis, à côté, une branche lourde, équilibrée sur une pierre, prête à basculer. Le poids juste calculé pour bloquer le mécanisme. Je teste : un claquement sourd, un fracas étouffé. C’est net. Si un rôdeur passe, il ne l’échappera pas.

À midi, un bruit me fige. Une silhouette se dessine entre les ruines. Un type. Je serre le manche de mon couteau, prêt au pire. Il lève les mains, pas hostile. « T’as du feu ? » Il a la voix rauque, usée. Je réponds rien, juste un signe. Pas de confiance. Il s’éloigne sans un mot, disparaît dans la végétation envahissante. Trop rapide. Trop calme.

Je reprends ma marche, le dos raide, la douleur sourde dans la hanche me rappelle que je suis vivant. Une blessure ancienne. Toujours là, comme une ombre. Je me surprends à penser à elle. Ma fille. Son rire qui s’est éteint dans ce chaos. Je serre les poings, la colère mêlée à la douleur me brûle la gorge. Je suis seul, mais je ne lâcherai pas. Pas encore.

La solitude pèse lourdement, mais une lueur d’espoir émerge des ténèbres. Peut-être que d’autres âmes errantes partagent ce désespoir, à l’image des personnages croisés dans Le chant des corbeaux. Les souvenirs se mêlent à la réalité, chaque pas me rapprochant d’une potentielle rencontre. La douleur dans la hanche semble s’atténuer, remplacée par une détermination nouvelle. Les voix du passé résonnent, mais je dois rester vigilant.

Alors que je m’approche de l’origine de cette odeur de fumée, une question brûle sur mes lèvres : qui d’autre a survécu à ce chaos ? Les traces de pas m’intriguent, rappelant les récits de survie que l’on peut découvrir dans La carrière se réveille. Chaque bruit, chaque mouvement de l’ombre m’incite à avancer, à ne pas renoncer. Peut-être que la rencontre avec d’autres survivants pourrait changer le cours de cette quête. La peur et l’espoir se mélangent, et je suis prêt à affronter ce qui se cache derrière la prochaine ombre.

Le chemin reste incertain, mais l’aventure ne fait que commencer.

Une odeur de fumée me tire de mes pensées. Un feu, pas loin. Quelques survivants ? Ou une embuscade ? J’avance prudemment, les sens en alerte. Le sol meuble révèle des empreintes fraîches, des traces de pas trop grandes pour être les miennes. J’entends un craquement derrière moi. Je me retourne, rien. Juste l’ombre d’un arbre qui danse sous le vent.

Je m’assois sur un tas de gravats, la fatigue pèse lourd. Mes doigts effleurent la terre, froide et humide. Le silence est presque palpable. Soudain, un bruit métallique, un claquement sec. Un de mes pièges s’est déclenché. Mais rien ne bouge. Pas de cible, pas de corps. Juste le vent qui joue avec mes nerfs. Je grimace. Quelque chose ne va pas. Quelqu’un ou quelque chose est là, tapi dans l’ombre.

Je ferme les yeux un instant. Flashback. Le visage de ma femme, les éclats de verre, les cris dans la maison en flammes. Je revois la main qui glisse, le silence qui suit. Ce secret, ce poids que je traîne. Cette traîtrise du passé qui me hante. Je rouvre les yeux, le monde est aussi froid que mon cœur.

La nuit tombe sur La Carrière. Je remonte mon sac, prêt à partir. Mais ce bruit, cette silhouette furtive, ce doute épais, restent là, suspendus dans l’air. Je ne sais pas si c’est un piège ou une promesse. Je ne sais pas ce que je vais trouver demain. Mais je sais que je reviendrai. Toujours.

La trace du passé, elle ne s’efface jamais.

Et moi, je marche encore dans ses décombres.

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