Objectif : repérage et confirmation d’activité ennemie.
Zone : La Carrière, secteur nord-est, vestiges de l’ancienne fonderie.
Conditions : nuit tombante, ciel couvert, humidité forte.
Participants : seul.
Je progresse à pas mesurés, le sol craquant sous mes bottes lourdes. La Carrière est silencieuse, trop silencieuse. L’odeur âcre du métal rouillé s’entremêle à celle plus récente, celle du feu de bois. Impossible à ignorer. Elle vient de l’autre côté du ravin, direction interdite. Secteur marqué par des pièges anciens que j’ai installés il y a des mois. Je n’ai pas remis les pieds là-bas depuis.
Le vent tourne. Je baisse la tête, capuche sur les yeux. Mes sens s’affûtent. Pas de trace de pas fraîches dans la boue, mais une légère fumée danse au-dessus des ruines. Quelqu’un a allumé un feu. Pas un rôdeur. Trop organisé. Trop humain.
J’installe un piège à mâchoires, juste au bord du sentier principal. Probablement inutile si l’ennemi est prudent, mais je prends ce que je peux. Un filet suspendu plus loin, camouflé sous des branches mortes. Je note mentalement : renforcer à la prochaine ronde.
Les sifflets à distance sont prêts, mais je les garde pour une diversion d’urgence.
Le silence est percé par un craquement. Je me plaque contre un mur de béton fissuré. Une silhouette se dessine, silhouette humaine. Je retiens mon souffle. Mira aurait été là, on aurait pu se couvrir mutuellement. Mais ce soir, je suis seul.
Je suis la silhouette à distance, à travers les ombres. Elle s’arrête. Le feu crépite. L’odeur devient plus forte. Je distingue la forme d’un campement de fortune. Quelques caisses, un bidon, un manteau jeté sur une caisse. Pas d’armes visibles, mais ce n’est pas une invitation.
Le crépitement du feu s’intensifie, diffusant une lumière vacillante qui danserait sur les visages des hommes perdus dans la nuit. L’angoisse monte, et chaque détail du campement semble empreint d’une menace sourde. Les caisses, le bidon, ce manteau abandonné, tous racontent une histoire de survie dans un monde où le danger rôde. L’atmosphère rappelle les moments figés dans le temps, où rien ne bougeait, comme dans l’article Rien ne bougeait dans la carrière, et c’était pire que le bruit, où l’absence de mouvement est plus inquiétante que l’agitation elle-même.
La douleur dans la poitrine ne fait qu’accentuer l’urgence de la situation. Chaque respiration devient un défi, un rappel de la nécessité de fuir ou de se battre. Dans ce moment de tension, il est crucial de garder son calme, de peser les options. Les ombres dansent autour, et le danger pourrait surgir à tout instant. Il est temps d’agir, de décider de la voie à suivre, avant que le silence ne soit rompu par le fracas inévitable de l’affrontement. Ne pas céder à la peur est la seule issue possible.
Je recule. Mais une douleur sourde me serre la poitrine, plus violente que d’habitude. Je serre les dents. Pas le moment. Pas maintenant.
« Ils seront là… ils viendront, et je ne pourrai rien faire. Emily… Lucas… pourquoi vous ai-je laissés seuls ? »
Je secoue la tête, chasse l’image. La nuit m’engloutit.
Je décide de ne pas engager. Trop risqué. Je prends des notes rapides dans mon carnet, décris le campement, la direction prise par la silhouette. J’ai repéré un chemin de fuite, couvert par des ruines instables.
Sur le chemin du retour, je tombe sur un piège que j’avais oublié : un fil tranchant, mal camouflé, presque invisible. Je l’effleure et une douleur brûlante traverse mon bras gauche. Merde. Le sang coule, mais rien de grave. Juste un rappel que ce terrain est autant mon allié que mon ennemi.
J’entends au loin des grognements. Les Ombres, toujours là. Elles sentent le feu, la vie. Plus près qu’avant.
Je me replie à couvert, le poncho trempé, le cœur lourd. Je ne sais pas qui tient ce feu. Ni ce qu’ils veulent.
Je garde mes pièges prêts, mais je sais que demain, tout peut basculer.
Résultat : repérage confirmé. Camp actif, humain, hostile probable. Aucune confrontation, mais blessure légère. Surveillance à maintenir. Fort sentiment d’être observé.
Le feu brûle encore, dans la nuit. Et moi, je reste dans l’ombre.
Silence pesant. Rien n’est gagné.