Journal de Dalrik
12 avril 2024
La Carrière. Un foutu terrain vague où la rouille dévore tout. J’y passe la journée, à traîner mes bottes sur le béton craquelé, sous un ciel gris et bas. L’air est lourd, chargé d’une odeur de métal ancien mêlé à la putréfaction de la végétation morte qui s’accroche partout. Des racines gorgées de terre s’infiltrent dans les fissures, comme si la nature voulait reprendre ses droits sur ce gouffre de béton.
Je marche lentement, chaque pas soulève un crissement de feuilles mortes et de gravier. Le vent souffle, sec, glacial, dans les carcasses rouillées des machines abandonnées. Parfois, un craquement sec retentit, un vieux panneau qui bascule ou une tôle qui ploie sous le poids du temps. Je scrute les ruines. Partout, des traces : empreintes fraîches dans la poussière, marques de griffes sur le bois pourri, éclats de verre dispersés. Quelque chose ou quelqu’un est passé ici avant moi.
Je pose mes pièges artisanaux avec soin. Un fil de pêche tendu, presque invisible, accroché à une branche morte suspendue au-dessus d’un passage. Le poids est juste assez lourd pour s’abattre sur une jambe ou un bras, assez brutal pour surprendre. Le déclencheur crache un bruit sourd, étouffé, qui me fait sursauter à chaque fois. J’ajuste, je teste la tension du fil, la résistance de l’accroche. Le métal froid du crochet mord ma peau quand je serre les doigts. Rien ne doit faillir, pas cette fois.
Je croise une silhouette au détour d’un mur effondré. Un type, sale, le visage à moitié caché sous une capuche. Nos regards se croisent, méfiants.
— T’es qui ?
Dans un monde où les rencontres peuvent changer le cours d’une vie, chaque échange a son importance. L’identité de chacun est souvent enveloppée de mystère, comme le souligne la question posée. Cette quête de sens et de connexion est au cœur de nombreuses histoires. Parfois, une simple interaction peut mener à des réflexions profondes, comme celles que l’on trouve dans Une main tendue, où l’importance d’un geste peut transformer une existence. D’autres fois, ces échanges révèlent des vérités plus sombres, comme dans Le poids des âmes, où chaque rencontre porte le poids de son histoire.
La réponse à la question « T’es qui ? » devient alors le reflet de ces histoires entremêlées. La personne croisée peut être celle qui apporte une lumière inattendue ou, au contraire, celle qui rappelle des ombres du passé. Ces moments de rencontre sont essentiels, car ils nous rappellent que derrière chaque visage, il y a une histoire à découvrir. Quelles histoires seriez-vous prêt à entendre ?
— Personne que tu veux croiser.
Pas de salutations. Juste la froideur des inconnus qui savent ce que ça coûte de faire confiance. Il disparaît aussi vite qu’il est apparu, comme un fantôme parmi les ombres.
Plus loin, un rôdeur, à moitié décomposé, titube dans un couloir. Je retiens mon souffle. Pas d’erreur possible. J’appuie sur la crosse de mon arme et le silence se fait. Un coup sec et la bête s’effondre. L’odeur de putréfaction me vrille les poumons. Je détourne les yeux, mais l’image reste.
Assis sur un tas de gravats, je ferme les yeux. La douleur sourde à ma jambe me rappelle que je ne suis pas invincible. Le souvenir revient : ma femme, son visage blême, son dernier souffle. Le poids du passé écrase mes épaules, me tire vers le fond. La solitude, elle, s’accroche comme un vieux manteau déchiré. Pourquoi je continue ? Pour elle. Pour ne pas laisser ce monde avaler tout ce qu’on a été.
Le soir tombe rapidement. La lumière s’efface, laissant place aux ombres mouvantes. Je sens le froid m’envahir, jusqu’aux os. Une odeur de fumée flotte dans l’air, loin, trop loin pour être un feu de camp. Mes sens sont en alerte. Puis soudain, un bruit. Un piège se déclenche, sec, sans cible visible. Rien ne bouge.
Quelque chose rôde. Quelque chose que je n’ai pas encore vu.
Je serre les poings. La nuit va être longue. Et la Carrière, elle, n’a pas fini de me parler.
Le poids du passé pèse lourd. Mais il faut avancer. Même à tâtons.