Un cri a traversé la forêt entre la carrière et les champs muets

Objectif : repérage et piégeage d’une patrouille hostile signalée.

Zone : lisière entre La Carrière et les Champs Muets.

Conditions : fin d’après-midi, lumière faible, brouillard épais s’infiltrant entre les troncs.

Participants : seul.

Je m’avance dans la pénombre humide. L’odeur de la terre mouillée me colle aux narines. La brume avale mes pas. Pas de silence total : un craquement, un souffle, un oiseau fuyant. Le vent porte un cri — rauque, désespéré — quelque part vers l’est. Je le reconnais à peine, mais mon cœur se serre.

Je me fige. Les sens en alerte. Trace fraîche au sol, un pied humain, pas rôdeur. L’empreinte s’efface dans la boue, fragile comme un mensonge. Je déploie un piège à mâchoires — ressort tendu, serrures prêtes — dans un passage étroit, entre deux troncs. La poussière tombe sur mes mains, signe que j’ai stressé.

Je continue en suivant la piste. Bruits sourds au loin, peut-être des Corbeaux. Le cri a retenti une seconde fois, plus près. Une voix humaine. Quelqu’un en difficulté.

Je ralentis, je cherche un appui, une embuscade. Rien. La forêt avale tout.

« Lucas… ne lâche pas ma main… »

Les ténèbres. Les ombres qui le prennent. Sa peau froide contre la mienne. Je n’ai pas pu.

Le souvenir me brûle la poitrine. J’expire, serre le poing sur le pendentif.

Je déploie un sifflet à distance, réglé pour attirer les rôdeurs sur la droite, loin du passage. Silence. Rien ne bouge.

Je progresse encore, en silence, en alerte. Une branche craque trop fort derrière moi. Je me retourne. Ombre fuyante. Un renard ? Non, trop grand. Une silhouette humaine, filiforme. Mira.

Elle ne parle pas. Son regard balaye la zone, arme prête. Les tensions montent, mais je hoche la tête, pas le temps.

On avance côte à côte, gestes calculés, invisibles. On repère des traces fraîches. Pas de sang, mais des signes de lutte.

Un piège à feu improvisé, branches sèches et huile, est placé près d’un passage clé. Je l’active à distance, une petite flamme jaillit. Le brasier attire une meute de rôdeurs. Bruit de branches cassées, grognements étouffés. On en profite pour avancer, plus vite, plus loin.

Alors que les rôdeurs sont distraits par le feu, une tension palpable s’installe. Chaque pas est mesuré, chaque bruit est amplifié, comme si la forêt elle-même retenait son souffle. La peur de ce qui pourrait surgir dans l’ombre est omniprésente. Les souvenirs d’autres rencontres, comme celles décrites dans Les ombres sont apparues à la lisière des champs muets, reviennent à l’esprit. Ces instants de suspense où la menace rôde, invisiblement, mais toujours proche.

Avancer devient alors un acte de foi, une exploration des limites de la survie. Les bruits de la forêt se mêlent au cri déchirant, une symphonie de danger. Les échos de Rien ne bougeait dans la carrière, et c’était pire que le bruit résonnent, rappelant que l’inaction peut être tout aussi terrifiante. L’adrénaline pulse dans les veines, incitant à ne pas se laisser submerger par la peur. Dans cette quête, chaque seconde compte, et l’instinct devient le meilleur allié. Prêt à découvrir ce qui se cache dans la brume, il faut avancer et faire face aux incertitudes qui attendent au tournant.

Puis, au détour d’un bosquet, le cri revient, déchirant, plus proche, plus réel. Une femme. Piégée ? Blessée ? Je scrute, mais la brume me joue des tours. L’instinct me pousse à courir vers le son.

Mira me retient d’un geste sec.

Je sens l’adrénaline, la colère, la peur. Je serre les dents. Laisser quelqu’un c’est trahir mes principes, mais avancer sans plan, c’est la mort assurée.

On recule. On fait demi-tour.

Le silence revient. Le brouillard s’épaissit.

Aucune trace retrouvée. Le cri a disparu comme une hallucination.

Je range mes pièges. Mes mains tremblent, mais je ne me permets pas de montrer.

Le doute me ronge. Ai-je laissé quelqu’un mourir, encore une fois ?

« Papa… je veux pas être un monstre. »

Je reprends la route vers La Carrière, seul. Le poids du silence est plus lourd que les décombres autour.

Le cri s’éloigne, ou c’est moi qui m’éloigne de ce monde.

Pièges posés, patrouille repérée mais introuvable. Possible leurre. Je perds du temps. Mauvaise décision ?

Les Ombres rôdent toujours, plus proches que jamais.

Je dois rester dans l’ombre. Toujours.

Rien n’est fini. Rien ne le sera.

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